Rédacteur - Léa Auger

Le Challat de Tunis est le premier long métrage de la cinéaste Kaouther Ben Hania. C’est un « documenteur » (documentaire fictionnel) dans lequel la réalisatrice se met en scène à la recherche du Challat de Tunis, un homme qui balafrait les femmes en 2003, en passant près d’elles à moto. Le film a été sélectionné dans de nombreux festivals, dont la section ACID du Festival de Cannes 2014, et le Festival International de Films de Femmes de Créteil.

Avec ce film, Kaouther Ben Hania dénonce la condition des femmes dans un pays où la religion a encore le dernier mot. Des scènes et des propos choquent le spectateur, le mettent mal à l’aise, tant le respect des femmes est inexistant. Le Challat, figure mythologique et fantasmagorique de Tunis, symbole de valeurs d’obscurantisme religieux, est applaudi par les hommes interviewés, devenu un modèle d’inspiration (pour un jeu vidéo qui le met en scène par exemple). Par ces différentes scènes et ces portraits, le film met en avant une grande frustration des hommes de Tunis, qui justifient le port du voile pour la protection des femmes, faces aux agresseurs et aux violeurs, dont les actes sont justifiés lorsque la victime n’est pas habillée « respectablement ». C’est là un grand problème d’éducation qui est mis en avant, où la parole n’a pas pu être posé sur les questions de sexualité, qui sont réglées dangereusement par l’Eglise.

le challat de tunis entre mythe et realite 11 Critique : Le Challat de Tunis, entre mythe et réalité
Kaouther Ben Hania endosse le rôle d’enquêtrice, pour mettre en lumière l’histoire du Challat, mais plus largement l’esprit de Tunis, qui entretient ce genre d’histoire fantasmagorique. Elle mêle fiction et réalité dans le but d’approcher la vérité d’une histoire difficile à mettre bout à bout. Au-delà de l’histoire du Challat, c’est celle d’une recherche de vérité au milieu de milles mensonges. Par ce choix de forme, la cinéaste propose une auto-réflexion sur le film documentaire, et son processus de réalisation. On peut saluer au passage le courage et la détermination dont elle fait preuve dans cette recherche, pour laquelle elle n’a pas peur de s’affirmer.