Rédacteur - Ludovic Sprengnether

Retraçant la vie de Kiki de Montparnasse (Alice Ernestine Prin) au début des années 20, Mademoiselle Kiki et les Montparnos, film d’un petit quart d’heure a reçu en 2014 le César du meilleur court-métrage d’animation. Pourquoi est-ce mérité ?


Tout d’abord parce qu’avec ce film, qui se veut d’une esthétique très picturale, la réalisatrice Amélie Harrault nous fait revivre au travers de cette personnalité burlesque, le Paris des années folles : on y retrouve ainsi Hemingway, Man Ray et autres artistes ayant forgés cette époque culturelle forte. La liberté des corps et des moeurs ressort avec une aisance déconcertante. On parle nudité au même titre que l’on descend du vin dans des cafés mondains de l’époque.

La voix-off, à la première personne  est elle aussi rassurante. Elle n’est pas dénuée d’une certaine poésie et on se retrouve avec une Kiki nostalgique qui déroule sa vie sous nos yeux en images et en douceur. On l’écoute nous parler de ses amours, ses espoirs, ses désillusions. Combien de rêves concrétisés mais également combien de déceptions pour une femme qui a essayé des années durant de s’imposer comme modèle mais, avant tout, comme artiste féminine dans un milieu très rude et surtout très fermé. Souvent moquée, elle a trouvé en la personne d’Hemingway la reconnaissance qu’elle attendait.

Mademoiselle Kiki et les Montparnos porte alors bien son nom : une femme devant et le reste après. Un reste qui doit suivre les envies d’une égérie du tout Paris des années 20 qui a su imposer avec bon goût ses envies et choquer l’Amérique avec ses mémoires qui n’ont pas su trouver grâce aux yeux de « culs bénis »…

On finit le film avec une pointe de tristesse et de mélancolie. Pas de désespoir non, Kiki a eu son heure de gloire mais elle aurait voulu que cela dure encore, encore…