Rédacteur - Alexis Zamora

Grosse actu pour David Bowie en ce moment. Premièrement, vous avez jusqu’au 31 mai pour vous précipiter à la superbe exposition qui lui est consacrée à la Philharmonie de Paris. Ensuite, courez voir la ressortie en salles de Furyo (1983) de Nagisa Ôshima restaurée en version 2K. L’occasion parfaite pour (re)découvrir l’œuvre artistique de l’excellent David Robert Jones.

Nagisa Oshima, réalisateur japonais du controversé L’Empire des Sens (1976), découvre en 1978 le roman biographique de Sir Laurens Van der Post sur son expérience de prisonnier à Java pendant la Seconde Guerre Mondiale, et veut en tirer un film. Il relate la relation ambiguë entre quatre hommes du camp, le major Jack Celliers (David Bowie), le capitaine Yonoi à la poigne de fer (Ryūichi Sakamoto), le lieutenant colonel John Lawrence (Tom Conti) et le sergent Hara (Takeshi Kitano).

L’ouverture du film nous plonge directement dans ce camp de prisonnier perdu au milieu de l’immensité de la jungle, sans échappatoire possible. On suit le personnage interprété par Ryūichi Sakamoto, l’autre rockstar du film, marchant au levé du jour sur la musique « Merry Christmas, Mister Lawrence » composée par lui-même spécialement pour le film. La bande originale du film, obsédante, trotte sans fin dans la tête. Elle est devenue un succès planétaire et à une grande part de responsabilité dans la notoriété du film. Bande originale à laquelle n’a pas voulu participer David Bowie, afin de mieux se concentrer sur son rôle de Jack Celliers.

Ce film traite des relations gardiens-prisonniers, entre sadisme et admiration, entre haine et amitié naissante. Ce qui fait la force du film, c’est le fait que les personnages soient aussi en conflit avec eux-mêmes preque autant qu’avec leurs milieux. Des personnages emprisonnés dans leurs croyances et certitudes, des individus qui ont des blessures secrètes, renforcés par le fait que les acteurs ne parlaient pas la même langue, comme enfermés dans leurs préjugés.

On découvre notamment le secret qui hante le personnage de Jack Celliers à travers différents flash-black. Tous ont une tonalité onirique et planante. Le personnage joué par David Bowie se sent affreusement coupable d’avoir abandonné son jeune frère et d’avoir trahi sa confiance. Il porte ce fardeau comme il porte sa croix, difficile alors de ne part voir chez le personnage de David Bowie la figure du Christ. Il endurera tout au long du film, les tortures de ces geôliers japonais et se sacrifiera pour ses idées. Même si son corps est prisonnier du sable, il gardera toujours la tête dans le monde dont il fait parti pour l’éternité, comme le résume la phrase prononcée par Lawrence lors de la dernière scène du film « C’est comme si Celliers, par sa mort, avait semé une graine que nous devions tous partager à travers sa croissance »

placard furyo lhumanite emprisonnee 1 Placard : Furyo, lHumanité emprisonnée

Chez Oshima, il y a aussi cette incroyable façon de filmer la torture et la cruauté humaine sans rentrer dans la caricature ou dans l’exagération. Il sait d’ailleurs très bien rétablir l’équilibre puisque les personnages garderont toujours leur humanité avec des sentiments et de la compassion.

Les scènes de torture physique, de hara-kiris sont filmées de manière crues mais ne sont jamais dérangeantes. En somme, le cinéaste a cette capacité de montrer incroyablement bien l’être humain et l’humanité qui peut s’en dégager.

Le film redonne l’espoir, le courage et l’envie de se battre pour ses idées. Il imprègne nos mémoires éternellement et reste comme l’un des plus grands films humaniste de l’histoire.