Rédacteur - Margaux Blondel

Après Renoir et Buñuel, Benoît Jacquot adapte le classique d’Octave Mirbeau, Journal d’une femme de chambre. Devant la patine XIXème très prononcée et la mise en scène réglée à la baguette, difficile de retrouver l’essence engagée du texte original.

Au contraire de ses prédécesseurs, le réalisateur livre une version fidèle du récit, narrant la vie et les souvenirs d’une jeune femme de chambre dans une maison de province. Léa Seydoux, campant le rôle principal, incarne une Célestine, certes dégourdie et impertinente, mais dont le jeu laisse froid. La faute peut-être, à un montage trop rapide, multipliant avec fantaisie les axes de prise de vue, qui se heurte à la rigidité des figures. En effet, malgré les gros plans à répétition sur la beauté glaçante de la comédienne, on reste de marbre face à l’acharnement de ses maîtres et aux larmes de crocodile.

Vincent Lindon en jardinier-cocher profondément antisémite n’est pas beaucoup plus convaincant. Toujours entre deux portes, il se veut insaisissable. Son élocution bien souvent inintelligible augmente le trouble. Pourtant, à mesure qu’il se dévoile, on se sent berné par le caractère convenu du personnage, à la limite de la caricature.journal dune femme de chambre une adaptation trop corsetee 1 Critique : Journal d’une femme de chambre, une adaptation trop corsetée

Et si l’on peut apercevoir chez les deux personnages principaux une once d’authenticité, il n’en est rien pour le reste des protagonistes. Le jeu extrêmement théâtral des seconds rôles, les enferme dans leur caractère primaire, décrédibilisant ainsi les scènes à fort potentiel scénaristique.

Alors que les décors et costumes sont réussis et charmants, on est rapidement lassé par la musique ainsi que par la très lisse photographie.

Après une heure et demie de film reviennent les souvenirs poussiéreux de la lecture de ce classique, et pas grand chose de plus.

On aurait aimé pouvoir faire quelques parallèles avec les enjeux sociétaux contemporains. Si ceux-ci sont faits, ils ne sont que le fruit de notre imagination tant la mise en scène figée manque de contemporanéité et peine à ouvrir de nouveaux horizons.

journal dune femme de chambre une adaptation trop corsetee 2 Critique : Journal d’une femme de chambre, une adaptation trop corsetée

Léautaud disait d’Octave Mirbeau qu’il était « un personnage extraordinaire, d’une fougue, d’une hardiesse, d’un anarchisme littéraire et artistique unique à cette époque ».

Malheureusement, rien de tout ceci n’est perceptible dans le nouveau film de Benoît Jacquot, bien plus classique qu’anarchiste, et qui, finalement, sonne un peu creux.