Rédacteur - Charlie Briand

À l’occasion du Prix Lux qui se déroulait au Parlement Européen de Strasbourg, nous avons eu l’occasion de revenir avec Rok Biček sur son film Class Enemy.

interview rok bicek jaime jouer avec lespace les sons le tempsinterview rok bicek jaime jouer avec lespace les sons le temps 3 Interview : Rok Bicek, jaime jouer avec lespace, les sons, le temps...Votre représentation de la propagation, de l’espace et du temps m’a beaucoup intéressé. Par exemple, lorsque le professeur s’assoit à côté de la fenêtre dans la salle des professeurs et qu’on entend le son de la classe, j’ai trouvé ça très intéressant, pourquoi ce choix ?

J’ai toujours aimé jouer avec l’espace, les sons, le temps et les ellipses. J’utilisais déjà cette approche dans mon dernier court métrage étudiant. C’est ma façon de penser le cinéma.

Y a-t-il une influence…

Une influence pour le montage ? Je ne sais pas, je dirais plutôt qu’il n’y pas d’influence dans le montage mais dans la manière de raconter les histoires. Comment pensez l’espace dans le film. Par exemple, c’était quelque chose de complètement nouveau pour moi quand j’ai 4 mois, 3 semaines, 2 jours quand j’étais à l’école de cinéma de Ljubljana en 2006. C’était quelque chose de complètement nouveau pour moi à ce moment-là, ça m’a ouvert les yeux sur la façon dont un film peut être fait et comment un réalisateur peut penser l’espace en dehors du cadre/hors champs. Le plus souvent nous ne montrons pas ce qu’il y a hors cadre mais on peut l’imaginer et parce qu’on ne le montre pas, c’est plus intéressant.

Oui, c’est une sorte de risque que vous prenez quand vous montrez. Ca a l’air assez difficile de faire un film en Slovénie. Selon vous, quelle est la principale difficulté et qu’est ce que ça veut dire faire un film en Slovénie aujourd’hui, en 2014 ?

C’est comme dans tous les pays, l’argent est toujours le problème. Par exemple en Slovénie, on produit entre quatre et six long métrages par an et le budget total est de 4,2 millions €, le budget d’un film dans votre pays.

interview rok bicek jaime jouer avec lespace les sons le temps 1 Interview : Rok Bicek, jaime jouer avec lespace, les sons, le temps...

C’est pourquoi le prix Lux est très important je suppose ?

Avec la sortie française, j’espère que certains producteurs français remarqueront ce film et diront « je voudrais travailler avec lui pour son prochain film »

Comment vivez-vous le fait d’être en compétition avec deux films comme IDA (Paweł Pawlikowski) et Bande de filles (Céline Sciamma) ?

Je suis fier d’être ici…

Fier d’être finaliste ?

Oui surtout en si belle compagnie.

En ce qui concerne le système scolaire et ce choix de petite révolution dans les esprits des étudiants, qu’est ce que ça explique pour vous ?

L’histoire a pour base le mauvais usage qui a pu être  fait de cette tragédie à des fins personnels. L’idée était d’exprimer cette frustration du côté des étudiants. Tout à coup, c’est devenu une métaphore de la société moderne, de L’Europe si vous préferez. Cette salle de classe représente la société moderne.

interview rok bicek jaime jouer avec lespace les sons le temps 2 Interview : Rok Bicek, jaime jouer avec lespace, les sons, le temps...

L’obsession du nazisme, indétectable pour nous, est toujours présente dans l’atmosphère du film. Est-ce une volonté d’illustrer la manière de penser au sein de la société actuelle slovène ou même européenne ?

Je pense que partout en Europe, dans les pays qui ont pu être sous occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale, vous avez cette atmosphère. Vous vivez dans une société dans laquelle les Allemands, qui lorsqu’ils sont strictes ou font preuve de pouvoir, peuvent être traité de nazis. Aujourd’hui, les gens utilisent ce terme très facilement, c’est vraiment choquant. Tu peux accuser quelqu’un ou le désigner comme nazi… Par exemple, dans le film c’est très intéressant parce que si les étudiants avaient cherché sur Google qui était Thomas Mann, ils auraient vu que c’était un auteur qui a beaucoup combattu le nazisme. Les étudiants accusent le professeur d’être nazi parce qu’il cite Thomas Mann, ce qui est un paradoxe