Rédacteur - Margaux Blondel

Dans son cycle Femmes/Genre/ Cinéma, le Festival International de Films de Femmes de Créteil propose cette année trois documentaires intelligents, qui sortent des sentiers battus pour mieux revisiter les codes traditionnellement attribués aux genres. Que ce soit sous un angle historique, militant, social ou burlesque, les réalisatrices questionnent ainsi subtilement les limites de leurs libertés en tant que femmes.

femmes genre cinema 1 Festival : Femmes/Genre/Cinéma, la pluralité des regards féministes

Le combat de Christine Delphy, féministe depuis son plus jeune âge, retracé par les soeurs Tissot dans Je ne suis pas féministe mais… invite tout d’abord à la prise de conscience.

« Pourquoi les femmes cirent-elles les chaussures de leurs maris ? » se demandait-t-elle déjà dans la cour de récréation. Les autres petites filles trouvaient cela normal, elle pas. Plus tard, elle n’aura de cesse d’étudier, afin de mieux dénoncer ces injustices. Alternant les entretiens et les images d’archives, laissant apercevoir d’autres emblèmes du féminisme, le film soulève de nombreuses interrogations et dresse le portrait d’une femme forte, qui a choisi d’agir plutôt que de dodeliner sagement de la tête. Si elle affirme aujourd’hui que « le féminisme a donné un sens à [sa] vie » , Christine Delphy regrette que « les femmes ne se mettent pas assez en colère ».

A la fin de la projection, on n’a qu’une envie ; se (re)plonger dans ses ouvrages, et, pourquoi pas, en tant que membre de la nouvelle génération, prendre la relève.

femmes genre cinema 2 Festival : Femmes/Genre/Cinéma, la pluralité des regards féministes

Avec Take the boat, leur premier documentaire, c’est bien le chemin que semblent avoir pris Camille Hamet et Séréna Robin.

Que font les femmes désireuses d’interrompre leur grossesse dans un pays qui les ignore et refuse de leur venir en aide ?

En Irlande, elles « prennent  le bateau », expression restée aujourd’hui dans le vocabulaire courant, à l’heure où les moyens de transports ont évolué … plus rapidement que les droits des femmes.

Les témoignages bouleversants et violents, sur une expérience douloureuse, parfois secrète, souvent solitaire, se succèdent. Dans un pays profondément catholique, où l’avortement est tabou, passible de quatorze années d’emprisonnement, (sauf en cas de danger pour la vie de la femme, et ce, seulement depuis 2013) prendre la parole tel qu’osent le faire Gillian, Vanessa, Melisa ou encore Gerard et Gaye est un acte d’insoumission d’une incroyable force.

Porté par la voix de Catherine Deneuve, le film montre à quel point le combat contre une institution catholique omniprésente, disposant d’une gigantesque influence, est rude. La force du film est de replacer ces éprouvants fragments de vie dans un contexte historique, politique et social global, souvent oublié. Alors qu’il se produit en Europe un avortement toutes les 27 secondes, on pense à la Pologne, Malte et Chypre, également restrictifs en matière d’avortement. Mais surtout à l’Espagne et ces autres pays prêts à faire marche-arrière et laisser, de nouveau, champ libre à la détresse et l’humiliation.

femmes genre cinema 3 Festival : Femmes/Genre/Cinéma, la pluralité des regards féministes

Dans Parole de King !, Chriss Lag va à la rencontre des Drag Kings, peu visibles et souvent inconnus du public en France. Pendant des Drag Queens, ils choisissent d’incarner, le temps d’un show, les stéréotypes masculins afin de déconstruire les codes bien ancrés autour des notions de genre.

La réalisatrice, aussi journaliste et photographe est allée à leur rencontre, pour éclairer cette démarche, et comprendre leurs diverses motivations ainsi que les conséquences qui en découlent .

Ces multiples introspections constituent finalement une ode à la tolérance. Car c’est cette volonté de liberté, indépendante du sexe biologique ou de l’orientation sexuelle, qui ressort. Une liberté d’action, de représentation et d’expression, trop souvent restreinte ou malmenée.

Aussi sort-on reconnaissant d’avoir pu découvrir et apprécier, pour la première fois dans un documentaire français, ce mouvement qui pourtant, existe depuis plus d’un siècle.

Forts de ces constats, portraits et découvertes, il nous semble alors crucial que les langues se délient toujours d’avantage. Pour réduire les discriminations envers les femmes mais également assainir le terrain mouvant du Genre. Aussi espère-t-on sincèrement que ces trois films bénéficieront d’une large diffusion auprès de tous les publics, tant ces questions se font discrètes dans le champ cinématographique contemporain.