Rédacteur - Ludovic Sprengnether

Tout le monde attend ses films comme le Saint Graal en espérant innovations, palpitations et émotions en tous genres, voici sa dernière réalisation : American Sniper. C’est à 84 ans que Clint Eastwood revient une nouvelle fois derrière la caméra avec ce biopic (un de plus) adapté du livre retraçant la vie du SEAL Chris Kyle, de ses débuts dans les forces armées Américaines jusqu’à son assassinat par un Marines en février 2013.

On ne peut pas parler de l’histoire de ce film sans parler de L’Histoire. Et c’est bien cela qui pourrait définir précisément ce qu’est American Sniper : un film sur L’Histoire. L’Histoire d’un Homme mais également d’une nation, fière, patriotique et se croyant invincible. Nous parlons bien là des Etats-Unis (cela va de soi). Entre allers-retours maison-Irak et déboires conjugaux, ce film raconte en plus de deux heures ce qui pourrait tenir en une heure et demi. En effet, les scènes dites d’actions trainent parfois en longueur alors que l’on aimerait davantage pouvoir s’identifier au personnage de Kyle afin de comprendre au mieux son « intérêt » pour la guerre ainsi que son intériorité. On a du mal à le ressentir même si, il faut l’avouer, Eastwood nous laisse découvrir au fur et à mesure du film son déclin psychologique. En tant que spectateur d’une génération habituée à l’action et aux « BOUM », on espèrerait de la part du maître que le mental puisse prendre le dessus sur certaines atrocités qui nous sont montrées.

critique american sniper aux armes citoyens 1 Critique : American Sniper, aux armes citoyens !

Ce qui rend le propos d’autant plus étrange c’est que l’on se croirait dans notre salon en train de regarder un énième reportage Chazalien sur la guerre en Irak et les déboires des Américains. Or, on va au cinéma pour du neuf, du renouveau, de l’inédit, du suprenant. ll n’y a pas de surprenant. Ah si, j’oubliais. Chris Kyle revendique plus de 200 meurtres durant sa carrière. Fort heureusement, on ne nous les montre pas tous, sinon on y serait encore !

Heureux seront également ceux qui en ont assez de voir un Clint Eastwood se mettant en scène malade, veuf, vieux sage…ou les trois. Ici, ce ne sera pas le cas, on a fait le tour. On a affaire à un Bradley Cooper dans le rôle du SEAL au top de sa forme, musclé du corps et du coeur pour l’occasion. Pour ceux qui l’ont découvert dans Very Bad Trip, on est loin du rôle de fêtard extravagant. Cooper assure ici la performance physique et psychologique de son personnage, ce qui sauve un peu le spectateur de la monotonie ambiante du film. C’est triste à dire et à reconnaître puisqu’il s’agît de réelles vies humaines sacrifiées sur l’autel de la conquête. Cela n’empêche pas de scénariser le film en répartissant davantage les rôles au lieu de dissocier barbares/sauveteurs de manière aussi nettes.

critique american sniper aux armes citoyens 2 Critique : American Sniper, aux armes citoyens !

Comme il faut rendre à Eastwood ce qui appartient à Eastwood, considérons donc ce film plus comme un hommage que comme du « YES WE CAN » brut de décoffrage (magnanimié quand tu nous tiens…!). L’homme a déjà prouvé de quoi il était capable autant derrière que devant la caméra et espérons que nous pourrons encore profiter quelques années de celui qui en son temps fut Le Bon !