Rédacteur - Nicolas Bussereau

Il est amusant de voir à quel point un nouveau film de Quentin Dupieux devient un petit événement des salles obscures. Et il le sait.

Il est vrai que depuis Steak, il nous aura habitué à sa mise en scène, sa bande son et ses étranges scénarios. Il faut bien avouer que l’esthétique de ses films s’est peu à peu affinée, à tel point que l’on peut désormais affirmer qu’il a réussi à développer ce que l’on appelle un univers.

 Critique : Réalité, quand Dupieux se joue de nous

Comme je l’ai dit plus tôt, le cinéaste a conscience de cela, c’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles il joue avec nos habitudes, et prend un malin plaisir à nous étonner, mais surtout à nous frustrer.

C’est bien pour cette raison que la compréhension de Réalité est principalement réservée aux connaisseurs de Dupieux. Il faut s’être familiarisé à son oeuvre en amont, pour subir cette frustration extrême, qui se caractérise avant tout par la bande son du film… Que dire, on attend qu’elle démarre, mais elle reste bloquée sur une répétition interminable. Finalement, cette bande originale reflète bien le film dans son ensemble. Réalité est un film qui ne se terminera pas, puisque c’est un film qui ne commence pas.

 Critique : Réalité, quand Dupieux se joue de nous

J’ai retenue après mon visionnage, les propos d’un podcaster, qui fait l’émission Unknown movies, sur Youtube, que je conseille vivement avant d’en reparler (j’espère) plus longuement. En parallèle de son émission/web-série, il sort quelques vidéos intitulées « Les critiques au lit », dans lesquels il donne son avis sur les derniers films qu’il est allé voir.

Il en a donc sorti une sur Réalité, où il peut nous dire : « C’est ce qu’Inception aurait dû être ».

Je pense que c’est une affirmation à nuancer, la comparaison me semblant un peu rapide. Effectivement les deux films traitent du rêve, leur histoire tente de nous perdre de sorte à ce qu’à chaque moment, nous nous demandions où nous nous trouvons.

Cependant, la différence majeure entre les deux oeuvres, est qu’Inception garde une mise en scène plutôt classique, c’est le scénario qui est travaillé pour nous perdre, alors que Réalité, en plus d’un scénario visant à nous perdre, laisse sa mise en scène, son univers, nous égarer.

Tout dans le film a pour but de jouer sur nos attentes, installant une sorte de suspens superflu.

Je ne verrais donc pas le dernier ovni de Quentin Dupieux comme un aboutissement d’Inception, mais plutôt comme une parodie non officielle de ce dernier.

Ce n’est sûrement pas ce que Victor Bonnefoy (le « youtubeur ») a voulu dire, mais le sujet était intéressant, et il méritait que l’on s’y penche.

 Critique : Réalité, quand Dupieux se joue de nous

Pour revenir au film, j’ai le sentiment que le cinéaste crée un paradoxe, à partir de cette question que nous sommes tous capables de nous poser : « suis-je dans un rêve ou dans la réalité » ? Or Réalité n’est il pas un film dans le film, dans lequel Chabat se retrouve enfermé tout en ayant la possibilité de communiquer avec l’extérieur de celui-ci ? Toute cette complexité relève au final d’une simplicité dissimulée, peut-être que le film n’est qu’un film après tout, qu’il n’est justement pas LA réalité, peut-être que Dupieux s’amuse à nous distancier de l’oeuvre pour nous rappeler qu’il joue simplement avec nous, avec nos attentes, nos habitudes. De la même manière que Non Film nous proposait un film qui n’en était pas un, Réalité nous offre une réalité qui n’en est pas une. La réalité est peut-être celle du spectateur qui regarde le film… À moins qu’il ait déjà prévu le coup en mettant en scène des spectateurs dans Rubber quelques années plus tôt…

 Critique : Réalité, quand Dupieux se joue de nous

Réalité ressemble alors de près à ce que l’on pourrait nommer un film-somme. C’est peut-être le cas, cependant cette traversée dans l’absurde de ce nouveau « non-film » ne nous donne pas cette impression de déjà-vu, impression récurrente dans les films-sommes d’autres cinéastes. Non, pour sa sixième réalisation, Quentin Dupieux fait appel à ses anciennes productions pour jouer sur nos attentes et finalement avouer son envie d’emprunter de nouveaux chemins, dans le monde qu’il construit, peu à peu, de film en film.