Rédacteur - Margaux Blondel

Le Musée de l’Histoire de l’Art de Vienne s’offre une nouvelle jeunesse et Johannes Holzhausen a pu poser sa caméra dans les coulisses de cette gigantesque institution, qui n’a rien de poussiéreuse.

Ainsi l’équipe du filmarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart s’est intégrée au musée pendant une année entière, en pleine période de réaménagement et de restructuration marketing. Prise dans l’effervescence, la caméra n’en manque pas une miette. Discussion sur les polices d’écriture des prochaines affiches, destruction des parquets et déplacements en trottinette jusqu’au photocopieur sont au programmearrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart.

Du personnel d’entretien aux conservateurs, tous les corps de métiers se succèdent à l’écran, recréant un véritable microcosme, uni par l’amour de l’art. Au delà de filmerarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart les oeuvres, c’est bien l’humain qui est donné à voirarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart, dans toute sa complexité. On assiste au coup de gueule d’une surveillante des salles, lasse de n’être jamais présentée, ni d’avoir la possibilité d’échanger avec les plus hauts gradés du musée, ou encore à l’émouvant départ en retraitearrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart du directeur de l’armurerie, salué par moins d’une demie douzaine de ses collègues.

interview le grand musee la face cachee de lart 3 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart

Johannes Holzhausen

À voirarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart les oeuvres centenaires sans cesse en interaction avec ces spécialistes, on prend conscience de l’envergure et du poids de l’héritage que nous laisse l’Histoire. Le grand musée nous montre combien celui-ci est précieux et encore bien vivant.

À l’occasion de la sortie de son documentaire, Johannes Holzhausen a accepté de répondre aux questions de Nouvel Écran.

Depuis vos débuts en tant que documentariste, vous avez abordé des thèmes très différents. Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir ce musée ? 

J’ai étudié pendant six ans l’Histoire de l’Art et seulement vers la fin de mes études j’ai compris que je n’étais peut-être pas tout à fait à la bonne place. Alors j’ai étudié le cinéma, tout en gardant un lien fort avec l’art.

J’ai un très bon ami restaurateur, qui a travaillé deux ans à la restauration d’une peinture de très grand format du Titien. Je lui ai rendu visite plusieurs fois, dans son atelier. Assister à une telle symbiose entre le tableau et le restaurateur m’a presque rendu jaloux. Ça m’a, en tous cas, beaucoup intéressé. Très récemment, le Musée de l’Histoire de l’Art de Vienne a changé de directeur. La nouvelle directrice voulait que le musée devienne plus transparent, et tout de suite, j’ai eu le sentiment que cela pouvait être une bonne occasion de faire un filmarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart. J’ai envoyé un mail, nous nous sommes rencontrésarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart, et j’ai pu commencer. Ce qui l’intéressait elle, était de toucher le public potentiel viennois, qui ne vient pas très souvent. C’est un très gros problème…il y a de nombreux touristes, mais peu de public local. Moi, je souhaitais montrer les coulisses du musée, et ma seule condition était de faire le filmarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart comme je l’entendais, sans qu’elle ne l’influence d’une manière ou d’une autre… Par chance, elle a accepté.

interview le grand musee la face cachee de lart 1 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart

Le grand musée n’est pas le premier filmarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart sur un musée. On se souvient par exemple de La ville Louvre par Nicolas Philibert, ou encore récemment, de National Gallery par Frederick Wiseman. Croyez-vous que ces démarches participent à une certaine popularisation des musées ? 

Effectivement, j’avais vu La ville Louvre à sa sortie, et je m’en étais procuré un dvd pendant le travail de préparation, mais je ne l’ai finalement pas revu, par peur d’être trop influencé. Je n’en avais donc qu’un souvenir très vague. Après Le Grand musée est sorti National Gallery, mais également un reportage sur le Rijksmuseum à Amsterdam. J’ai aussi entendu qu’Alexandre Sokourov avait travaillé sur le Louvre récemment… En effet c’est comme une vague soudaine, dont Nicolas Philibert serait le pionnier, mais je ne saurais pas vraiment l’expliquer.

Il faut avouer, que filmerarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart de telles institutions est très agréable. Lorsque quelque chose ne fonctionne pas, il y a toujours la possibilité de se rabattre sur un autre aspect et d’arriver à un récit intéressant.

Je crois qu’effectivement, de tels filmsarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart éveillent l’intérêt de personnes qui n’y seraient pas allées d’elle-même.

Pour ma part, ce n’était pas ma visée primaire, mais cela s’est aussi produit.

Quel était alors le but de ce filmarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart ?

Les musées me tiennent particulièrement à coeur. Je partage complètement l’amour que portent les protagonistes du filmarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart à cette institution.

Pour moi ce musée est comme un espace, qui protège le temps. Vu de l’intérieur, le reste du monde semble très flou. C’est un univers à part entière ; clos. Et cet univers est impérial, car c’est ici que sont conservés les trésors de l’Empire habsbourgeois. Naturellement cela provoque parfois des tensions avec notre présent républicain. C’est cela qui m’intéresse. Je souhaite comprendre, et montrer, comment notre république, notre président, gèrent ce passé. Comment et où arrivons-nous à créer un lien avec l’époque contemporaine. D’une manière générale, j’aime tout ce qui traite du temps. On commence à travailler un jour, on arrête quarante plus tard, et enfin on se demande ce qu’il va rester de nous. Voilà, je voulais retranscrire l’éphémérité qui traverse les objets, les institutions telles que les musées, mais aussi les hommes.

interview le grand musee la face cachee de lart 2 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart

On remarque justement, une rupture entre l’ancienne et la nouvelle génération travaillant au sein du musée. La plus âgée, ne semble oeuvrer que pour l’art, tandis que les plus jeunes s’intéressent d’avantage à l’aspect économique du musée…

C’est vrai, un changement s’opère. L’ancienne génération travaille du haut de sa tour d’ivoire, peu importe ce qu’il se passe en bas. Il est absolument nécessaire que ces professionnels s’intéressent et travaillent en fonction des attentes et besoins du public. Mais cela pourrait devenir très dangereux si ces problématiques occupaient toute leur attention. Je trouve que le discours néo-libéral aujourd’hui se repose beaucoup sur le marketing, et ceci est en soi un problème. Tout est une question d’équilibre.

Vos rapports au musée ont-ils évolués grâce au filmarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart ?

Lorsque j’étudiais l’Histoire de l’Art, visiter fréquemment le musée était presque une obligation. Je dois avouer que le bâtiment en lui-même me faisait un peu peur, j’étais intimidé. Cette architecture imposante m’épuisait. Je n’avais qu’une envie, c’était de m’allonger sur les bancs, et m’endormir. (rires)

Aujourd’hui, ce sentiment à laissé place à un grand bien-être, et j’espère que cela se ressent dans le filmarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart !

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C’est intéressant de voirarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart comment l’art contemporain parvient à trouver sa place dans un tel bâtiment…

Oui, mais j’aurais aimé en voir plus ! J’ai vu à Amsterdam, une mini-exposition avec une cinquantaine de chefs-d’oeuvres. Bien sûr, il y avait les Rembrandt et d’autres maîtres hollandais, puis à la fin, il fallait faire la queue, et un à un, nous étions autorisés à entrer dans une pièce sombre et mystérieuse. À l’intérieur, on pouvait alors découvrir une oeuvre de Damien Hirst, un crâne en diamant (ndlr : for the love of god, 2007) . C’était une mise en scène incroyable à mon sens. Comme si tous les grands maîtres ne constituaient que la première partie d’un concert, laissant enfin place à la star que tout le monde attend. L’art contemporain était alors vu comme l’aboutissement de tout ce qui le précédait. Dans un sens, je trouve ça extraordinaire.

Pourquoi vous-êtes vous tourné vers le documentaire ? 

Tout cela est dû à mes études de cinéma (ndlr : à la Vienna Filmarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart Academy). Alors que j’étais encore étudiant, j’ai réalisé un moyen-métrage documentaire (ndlr : « wen die Götter lieben » prix du court-métrage, Cinéma du réel, 1993), qui a eu beaucoup de succès. C’était fou, car c’était une production très modeste, tournée avec le matériel de l’école, montée pendant les vacances…et ça a très bien fonctionné, je ne pouvais pas rêver mieux. Alors je me suis engouffré dans cette voiearrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart, même si j’ai constaté que le succès n’est jamais assuréarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart. J’ai toujours aimé les gens, c’est agréable d’être parmi des personnes ouvertes, de découvrir une partie de leur vie.

Que pensez-vous du genre documentaire dans le contexte actuel ? 

Je crois qu’il occupe une belle place. C’est évidemment un petit domaine. En salle, le public est plus restreint que pour la fiction, mais j’ai l’impression que c’est tout de même bien, c’est important.

Par exemple d’autres institutions, telles que la télévision, s’intéressent de moins en moins aux documentaires. Analyser finement, approcher un nouveauarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart domaine, y regarder de plus près, ça ne les intéresse plus. Nous pouvons nous réjouir que le cinéma le permette encore, et il est de notre devoir de continuerarrow 10x10 Interview : Le Grand musée, la face cachée de lart.

Interview réalisée le 2 mars 2015, traduit de l’allemand par Margaux Blondel