Rédacteur - Margaux Blondel

Imaginez : Tranquillement attablé à la terrasse d’un restaurant, vous profitez pleinement de vos vacances familiales au ski, ces cinq petits jours de pause annuelle bien mérités. Mais lorsqu’une avalanche menace de vous engloutir, la quiétude n’est plus de la partie. Des enfants ou de l’Iphone, que sauver ? C’est bien cette question que l’on se pose en sortant de Snow Therapy, le dernier film du suédois Ruben Östlund. À l’heure où l’adage «  Les femmes et les enfants d’abord » semble désuet face à la pratique du « chacun pour soi », on assiste à la subtile introspection d’une famille contemporaine, où questionnement sur le genre et déconstruction des rôles sont de rigueur.

Mariés, deux enfants, une vie bien rangée et des pyjamas assortis : ainsi pourrions-nous décrire Ebba et Tomas, quarantenaires suédois, en vacances dans une station de sports d’hiver des Alpes françaises. Le couple semble aussi uni que le paysage dans lequel ils évoluent, d’une blancheur éclatante. Pourtant lors de leur premier repas sur le site, ils sont surpris par une avalanche. Alors qu’Ebba tente de protéger ses enfants, Tomas, son portable dans une main, ses gants dans l’autre, détale aussi vite que ses imposantes chaussures de ski le lui permettent. La scène, moralement édifiante, est d’une splendeur visuelle effrayante.Finalement l’avalanche n’atteint pas les clients du restaurant, qui, bouleversés reprennent progressivement leur place initiale. Pourtant, une fissure dans l’univers familial est déjà tangible.

critique snow therapy une tempetueuse introspection 1 Critique : Snow Therapy, une tempétueuse introspectionAinsi apprend-t-on que les hommes n’agissent pas toujours selon les codes chevaleresques attendus, et ont de surcroit du mal à (se) l’avouer. Car pour Tomas, hors de question de parler de fuite, d’abandon, de peur-panique. La discorde grandit dans le couple et l’atmosphère devient pesante. Les enfants sont les premiers meurtris. Les apparitions récurrentes de grandes étendues glaçantes et de la mélodie hivernale de Vivaldi n’apaisent en rien la situation. Aussi cette mère de famille aimante ne veut-elle pas accepter l’instinct de survie primaire qui a eu raison de son mari au moment où elle avait le plus besoin de lui. Entre deux rires nerveux, elle raconte l’incident aux autres couples de la station. Déroutantes et profondes, ces longues séquences d’auto-analyse occupent une place majeure dans le film.

Quel rôle la société m’attribue-t-elle ? Qu’est-ce que ma famille attend de moi ? Ces exigences sont-elles légitimes ? N’y a-t-il qu’une seule position sociale acceptable ? Ces points d’interrogation flottant au dessus des figures familiales, nous permettent d’y réfléchir avec eux, bercés par la qualité époustouflante de l’image et du montage.

Et c’est précisément l’intelligence du film, de nous donner l’opportunité de réviser certains de nos préjugés, en nous plongeant dans l’intimité conflictuelle d’un couple, qui s’était jusqu’alors parfaitement conformé au schéma occidental classique de la répartition des rôles.

critique snow therapy une tempetueuse introspection 2 Critique : Snow Therapy, une tempétueuse introspection

Dans Snow Therapy, la tempête est physique et psychique. La nature prend le dessus, et chaque personnage se retrouve seul face à elle. Ce qu’il va rester d’eux ébranle leurs certitudes, comme le constate Tomas, entre deux sanglots au sommet de la crise : «  Je suis la victime de mon propre instinct ». Mais l’on comprend vite que la source des tensions semble d’avantage être cette société, pas si bienveillante que ça, qui n’a de cesse de catégoriser, distinguer, juger.

Une fois cet obstacle surmonté, il devient possible, à l’instar de la dernière séquence, d’avancer ensemble, au rythme d’une valeur souvent laissée de côté, la solidarité.