Rédacteur - Alexis Pommier

Quelle mouche a donc piqué Abel Ferrara pour sortir consécutivement deux « biopics » profondément dénués de substance scénaristique ? Après Welcome to New York, le procès acharné voire inquisitoire de DSK, celui que l’on compte comme l’un des maîtres du cinéma américain principalement connu pour ses films noirs, à l’instar de Kings of New York sorti en 1990, s’attaque au dernier jour d’un monstre sacré du cinéma et de la littérature italienne : Pier Paolo Pasolini.

Sur l’aspect technique, il n’y a pas grand chose à dire. Ni de bien, ni de mal, on retrouve les plans d’un réalisateur qui a de la bouteille, rien d’innovant et le film ne prétendait pas nous surprendre à ce sujet. On apprécie tout de même, l’œuvre d’un cinéaste qui a sa patte : la séquence d’ouverture, avec le visage de Willem Dafoe émergeant de l’ombre par la lumière, dans cette interview consacrée entre autre à la cause réelle de sa mort (son combat contre le gouvernement mafieux et le fascisme), une sorte d’avant goût de ce qui va devenir son futur, c’est-à-dire ce dernier jour.

Le film est réellement un hommage au réalisateur italien, voire une lettre d’amour, que lui décerne Ferrara : « Toi Pier Paolo Pasolini, génie de la littérature et du cinéma, toi qui t’es battu pour ton peuple mais toi qui es mort parce que tu étais gay dans un pays fasciste. » Cette ode à Pasolini aurait fait l’unanimité si seulement le doute ne planait pas autour du réel élément qui aurait provoqué sa mort. Du coup, Ferrara a préféré nous mentir, nous dire que si Paolo fut tué, ce ne fut point parce qu’il avait dit aux autorités qu’un magna du pétrole n’était autre qu’un membre de la mafia napolitaine mais bel et bien parce qu’il aimait les hommes. Une vision pour le coup très « américaine du cinéma hollywoodien » : le héros déchu, la mort injuste… le martyr.

critique pasolini comment ferrara evite il le sujet 2 Critique : Pasolini, comment Ferrara évite il le sujetPenser que Ferrara est cinéaste talentueux va de soi. Mais Ferrara pensant que parce qu’il a du talent, il peut nous faire avaler n’importe quoi est profondément affligeant. Il existe des genres cinématographiques où le spectateur est capable de vous suivre, même dans vos fantasmes les plus troubles, on les appelle : fantastique, science-fiction, horreur ou à la rigueur fiction pure et simple.

Le film garde tout de même des qualités non négligeables à côté de ce faux-pas déconcertant. À commencer par l’interprétation que nous en font Willem Dafoe et Maria de Medeiros. L’un tiens le rôle principal parfaitement en main, l’autre joue un personnage secondaire, somme toute avec une sincérité remarquable. Ses acteurs forment un tout sinusoïdale dans un film néanmoins attachant, où nous sommes bercés du compte à rebours d’un homme déjà fantomatique aux visions possessives et fantasmatiques de l’artiste qui rêvait encore de Saló ou les 120 Journées de Sodome (critique du fascisme, tiens donc).

critique pasolini comment ferrara evite il le sujet 1 Critique : Pasolini, comment Ferrara évite il le sujet

Pasolini d’Abel Ferrara garde donc son côté touchant, comme un manuel d’histoire incorrect, et déclare l’amour d’Abel à Paolo avec lequel il aurait sans doute souhaité partager les fantasmes.