Rédacteur - Nicolas Bussereau

Il est vrai qu’en voyant le synopsis de ce premier film du cinéaste et acteur Thomas Salvador, Vincent n’a pas d’écailles, on possède plusieurs raisons d’être enthousiaste à l’idée de voir un film fantastique à la française dans un paysage, français justement, où ce genre comme celui de la science-fiction, ne sont pas, ou alors peu, explorés.

Je rappelle simplement que je l’ai vu en avant-première à l’occasion du Festival Premiers Plans d’Angers. Ainsi la séance était suivie d’une rencontre avec le réalisateur, où une femme a pris presque instantanément la parole pour exprimer son adoration du film qu’elle venait de voir, disant notamment que ça lui faisait du bien de sortir des films « intimistes » propres à la touche française.

Que sont alors ces films intimistes au sens où on veut bien l’entendre aujourd’hui, ou, au moins, comment l’inconscient collectif caractériserait le cinéma actuel en France ? Il est difficile de répondre à cette question, cependant, d’après ce que j’ai pu entendre de personnes plus ou moins cinéphiles, voire absolument pas, je me permettrais de résumer le septième art made in France comme un cinéma bavard, intimiste donc, psychologisant et où l’action est limitée, en bref, un cinéma où l’ennui est susceptible de nous guetter.

critique vincent na pas decailles un faux film de genre a la francaise 1 300x167 Critique : Vincent na pas décailles, un faux film de genre à la française

D’autres diront que l’on ne voit que des drames psychologiques, ou des petites comédies françaises qui marchent bien mais qui n’apportent rien, que l’on parvient à oublier aussi rapidement qu’on les a vu.

Au risque de me répéter, je tiens à dire que je viens de décrire un cinéma tel qu’on le voit dans son ensemble, et non tel qu’il pourrait être réellement, et que je me fie à des personnes que j’ai entendu ou avec qui j’ai discuté de ce sujet. Cette conclusion n’est donc pas définitive, et je n’affirme rien, je propose un point de vue.

Donc avant de parler du film, je préfère vous retranscrire les propos du cinéaste, qu’il a tenu après la séance, sur le film qu’il a réalisé et qui sortira en février prochain.

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Il a d’abord abordé sa passion pour le cinéma d’action et de mouvement, il aime voir des personnages faisant des choses infaisables dans la réalité. Cependant il refuse la surenchère : il ne veut ni en faire trop, ni pas assez, il veut faire juste, car selon lui, « on veut toujours en faire trop ».

Ensuite il n’utilise presque aucun effet numérique, il veut toujours que le héros, et le film lui-même soit proche de nous, y compris dans le fantastique.

Il finira par mettre en avant le fait qu’il a traité un sujet simple, dans le présent, car il veut que son personnage soit confronté à la société, dans laquelle il tente de rester malgré sa différence.

Un beau projet s’il en est. Il faut lui accorder cela. J’y tiens.

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Ceci dit, le résultat, en ce qui me concerne, me déçoit.

Parce que malgré cette démarche que je soutiens de faire différemment du cinéma français qui serait un peu toujours le même, il ne cesse de faire appel à des ressorts, comme l’humour au premier degré, qui rappelle malheureusement un peu trop les « petites comédies françaises » dépeintes rapidement un peu plus haut. Qui plus est, un héros qui tente de s’intégrer ou de rester intégré à la société malgré sa différence, et qui a un rapport au présent, à l’instant, sans  en faire trop, et qui est dépassé par les événements, ça ne vous rappelle rien ?

Drame social à la française par exemple.

Ce qui ne me va pas, et cela est certainement dû aux attentes que j’avais du film, c’est que la part fantastique du récit est très facilement oubliable, car noyée dans ce contexte contemporain, du rapport à l’autre, etc. Je ne dénigre pas les films qui parlent de cela, même si je pense qu’il y en a bien trop, seulement on avait vraiment l’occasion par ce film d’ouvrir quelques portes au paysage cinématographique de notre pays, dans lequel les genres et les histoires sont souvent les mêmes, et je ne déplore pas cela que dans le cinéma grand public bien sûr.

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J’ai un amour prononcé pour les films fantastiques, j’en vois beaucoup, des drôles, des sérieux, des lents, des rythmés, certains très codifiés, d’autres qui s’échappent des codes, etc.

Vincent n’a pas d’écailles n’est pas un film fantastique à la française, il s’agit d’une comédie sociale à la française, qui emprunte quelques codes et références au cinéma fantastique.

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J’aimerais tout de même conclure sur une note un peu plus positive. Du film se retient une grande naïveté, au sens le plus noble du terme, j’en suis ressorti malgré ma déception en me disant que la vie est belle. Du fait des scènes d’intimité entre les deux amoureux, dans lesquelles on les voit d’une grande tendresse, ou chahutant, ou encore en délirant complètement, dansant nus, etc. De cette approche premier degré ressort un véritable sentiment sympathique, qui ne vise pas contrairement à d’autres (nombreux), à rendre l’amour et les sentiments sérieux.

C’est simplement dommage que ce soit cette idée qui soit peut-être la plus originale du film alors qu’elle n’en est qu’un détail, mais c’est un premier film, ne l’oublions pas…