Rédacteur - Léa Auger

Le réalisateur québécois Maxime Giroux signe son deuxième long métrage, Felix et Meira, une histoire d’amour controversée à travers laquelle les préjugés prennent fin.

S’atteler à parler de la communauté juive hassidique en ces temps de grandes lacunes intellectuelles à l’égard des textes religieux, est un acte courageux de la part du réalisateur, qui part à la découverte de cet univers avec intelligence et créativité. Le point fort du film est le point de vue neutre qu’il adopte sur cette communauté. Il ne s’agit pas de l’attaquer ou d’en faire l’apologie, mais d’en explorer certains aspects à travers le personnage de Meira (Hadas Yaron), qui est la principale concernée par les choix qui s’imposent à elle au sein de cet espace ; mais également à travers le personnage de Félix (Martin Dubreuil), qui se présente comme un possible. Le réalisateur, comme précédemment dans Jo pour Jonathan (2010), laisse une grande liberté d’interprétation au spectateur, en choisissant précisément ce qu’il montre et ce qu’il ne montre pas. On est là dans un cinéma de la suggestion où le spectateur a un rôle à jouer dans l’interprétation des images et des mots.

critique felix et meira une ode a la tolerance 1 Critique : Félix et Meira, une ode à la tolérance

Pour donner cette liberté au spectateur, Maxime Giroux use de formes métaphoriques. Le désir de liberté de Meira se ressent dans l’importance que le film donne au corporel. Avant même d’évoluer en dehors de sa communauté, Meira est en partie seule maîtresse de son corps, car elle prend une contraception en secret, refusant d’avoir autant d’enfants que les femmes qui l’entourent. Ce premier geste anodin marque un désir d’indépendance féminin très fort, qui ne fait que s’accroître au long du film. L’essayage d’un jean, puis le dévoilement de ses cheveux (elle porte une perruque) à Félix – scène où règne une grande sensualité, sont des motifs récurrents qui marquent l’émancipation de Meira

Le cinéaste établit une corrélation intéressante entre la communauté juive hassidique et la paternité. En effet, Felix vient de perdre son père, et se tourne vers Meira à ce moment précis de son existence, lui demandant de lui dire quelque chose sur la mort, elle qui est religieuse. Comme si sa foi lui donnait une connaissance supérieure sur cette question, et une capacité à trouver les bons mots pour Félix. Cette communauté est ici associée à une figure paternelle (incarnée par le personnage du mari de Meira, Shulem joué par Luzer Twersky, formidable dans ce rôle), représentante de la loi et du savoir. Un échange très intéressant et empreint de beaucoup de symbolique a d’ailleurs lieu entre Félix et Shulem sur cette question. On peut voir la représentation de cette communauté dans le film comme une famille à laquelle Meira essaye d’échapper, et que Félix tente d’approcher, comme pour se réconcilier avec son père.

critique felix et meira une ode a la tolerance 2 Critique : Félix et Meira, une ode à la tolérance

Felix et Meira est une merveilleuse ode à toutes formes de libertés, et brise les préjugés en révélant la nature conciliante de l’Homme, même le plus fermé. Ces libertés sont présentes dans les différents lieux du film (New York, Venise, mais également les différentes pièces de la maison et du quartier), qui semblent chacun incarner un désir. Dans cette compartimentation, qui n’enlève rien à la fluidité du film, le spectateur s’identifie aux personnages et développe un sentiment d’empathie à leurs égards, mais comprend également mieux comment vit cette communauté, qui forme un microcosme.  Il n’y a pas de gentil, pas de méchant, mais seulement des individus qui, comme l’a beaucoup répété l’équipe du film, font tout pour que ça fonctionne. Ce film est totalement représentatif de problèmes existants au sein de notre société, mais il offre un message d’espoir en faisant rencontrer Félix et Meira autour d’un dessin, ce qui involontairement fait référence aux événements Charlie Hebdo.

Sortie le 4 février. Vous pouvez gagner des places en vous rendant sur notre page Facebook