Rédacteur - Andréa Fontanille

Seul ou en bande, le jeune parisien de Larry Clark éclate son corps et sa vie dans les bas fonds de la nuit ou sur le parvis du palais de Tokyo.

Alors que Larry Clark installe sa prochaine exposition au MAM, il observe la jeunesse parisienne sur le parvis du musée. Elle skate sur le bitume, se salit la gueule, s’embrasse, fume et rit à s’en époumoner. Larry Clark veut filmer cette jeunesse parisienne, le projet peine à trouver des financements mais voilà que quatre ans plus tard, The Smell of Us sort enfin.

Larry Clark est égal à lui-même. Le film est sulfureux, il suinte et nous met mal à l’aise. On suit le parcours d’une bande de jeunes qui pour tromper l’ennui se drogue et se prostitue. Nous sommes avec eux dans la rue, dans l’intimité parfois très crue. Le réalisateur veut nous montrer une réalité de l’intérieur et semble vouloir rester tellement loin de tout jugement qu’il en perd tout propos. On a un film plein de stupre mais sans substance.

critique the smell of us les bas fonds de la jeunesse parisienne 1 Critique : The Smell of Us, les bas fonds de la jeunesse parisienne

Cependant, The Smell of Us est un bonheur visuel. Il s’y alterne des images propres de caméra pro et d’autres sales prises avec un téléphone. Larry Clark nous montre la matière numérique et ses possibilités. Les transitions de la première partie sont des petits bijoux, elles sont toutes pixélisées et on y ressent le mouvement à la manière d’un tableau impressionniste. Les plans centrés sur les phallus, toujours suggérés, s’enchainent ; les visages se dessinent par un rictus, une mèche rebelle ou un filet de bave. Larry Clark est dans le détail pour dessiner avec finesse le tout.

On sent que Larry Clark vieillit et se questionne sur la mort. Ici les jeunes frôlent sans cesse des corps ridés, laids et défaits par le temps. Mais pourtant la vitalité vient de cette vieillesse qui semble pomper toute la fraicheur de ce qu’elle touche. Au fil du film, la jeunesse se détruit sous nos yeux, les traits se creusent, la peau s’abîme, les relations se fanent. Les plaisirs de la chair sont alors tous douloureux ou interdits. La jeunesse semble entravée dans une vie qui nous tire irrémédiablement vers la mort.

critique the smell of us les bas fonds de la jeunesse parisienne 2 Critique : The Smell of Us, les bas fonds de la jeunesse parisienne

The Smell of Us sera surement le dernier film de Larry Clark, une perle visuelle sans fond.