Rédacteur - Alexis Zamora

La Géorgie du début des années 90, est une période méconnue de l’Histoire, mais
heureusement le Cinéma est là pour nous rafraichir la mémoire. L’URSS venant de
s’effondrer, tout le peuple géorgien croit en la naissance d’une nation libre et
indépendante. Mais rapidement, crise économique et guerre civile font faire basculer le
pays dans l’anarchie et le chaos.

C’est dans ce contexte que grandit la jeune Teona Grenade, et cette époque, elle a voulu la
retranscrire à l’écran  : ce qu’elle a vécu enfant, après des études en France, à la FEMIS.
Elle est d’ailleurs lauréate du concours Emergence qui lui va lui permette de mener son projet en long métrage. Tout ça en compagnie de son mari et co-réalisateur du film, Thierry
Grenade.

Nous découvrons alors le destin de Giorgi, 17 ans, issu d’une famille assez aisée malgré
l’absence de son père. Il fera de son mieux pour préserver l’innocence de son petit frère, Datuna (jeune prodige du piano) de la révolution qui les entoure, mais également
combler l’absence de figure paternelle.
Mais Giorgi commence progressivement à errer dans les rues de Tbilissi (la capitale de
la Géorgie) en compagnie de ses amis. Il va alors découvrir un milieu où la violence est
l’unique réponse à ses problèmes, jusqu’à ce qu’il devienne une petite frappe respectée
dans le quartier.

notre enfance a tbilissi 1 Critique : Notre Enfance à Tbilissi, le prix de la liberté
La partie la plus intéressante du film réside dans ces relations familiales que l’on découvre
petit à petit, notamment les quelques scènes de complicité entre les deux frères dans
leur immense appartement vide et sans aucune vie. Ce silence s’oppose aux bruits de la
rue, des jeunes géorgiens qui crient, qui s’amusent, sous leurs fenêtres ; jeux auxquels ne
participe pas Datuna, préférant réviser ses partitions de Mozart ou Schubert.
Mais c’est également pour le préserver de cette guerre civile que le personnage de
Giorgi le laisse cloitré à l’intérieur, comme dans un donjon. C’est cette
méconnaissance du monde qui l’entoure qui fera défaut à cette famille. Les rares moments
qui se dérouleront à l’extérieur seront traumatisants pour le petit frère, et feront perdre
cet équilibre familial. Giorgi, joué par Irakli Basti Ramishvili, (qui a la particularité de
ressembler à l’acteur Britannique Tom Hardy) jouera pendant tout le film un rôle de
transition entre ces différents problèmes familiaux d’un côté, et la violence
omniprésente de la rue de l’autre.

notre enfance a tbilissi 2 Critique : Notre Enfance à Tbilissi, le prix de la liberté

C’est finalement le sublime plan séquence d’ouverture qui nous en apprend le plus sur
le film. Il commence dans les rues de Tbilissi, on aperçoit des enfants jouer, avant de
s’élever, et de finir aux abords des fenêtres de l’appartement familial, desquelles on
entrevoit le jeune Datuna, seul au piano. Ce seul plan peut résumer le film à lui tout seul,
entre un monde qui a peur de l’autre, obligé de le regarder par la fenêtre, attendant que
la guerre finisse, espérant que le pays se relève un jour de cette indépendance. Ça doit
être ce qu’on appelle, le prix de la liberté.