Rédacteur - Alexis Pommier

1h 05 de film, quatre répliques. Si vous pouvez passer outre cela alors vous pourrez voir Mateo Falcone. Il faut dire qu’au-delà de ce détail qui n’en est peut-être pas un, le film d’Éric Vuillard (scénariste de La Vie nouvelle de Philippe Grandrieux) a tous les partis pris nécessaires pour qu’on s’y égare.Mateo Falcone est l’adaptation d’une nouvelle de Prosper Mérimée dont l’histoire se déroule dans la Corse des maquis au XIXe siècle. Éric Vuillard fait, avec cette nouvelle, un pari un peu fou qui met d’ailleurs en avant le premier problème du film, le rythme. Si adapté une nouvelle d’une dizaine de pages pour en faire un long métrage n’est déjà pas chose aisée, le réalisateur a lui décidé d’amoindrir les répliques et placer la tension dramatique non plus dans les dialogues entre les personnages mais dans la durée et le silence. Du coup, si vous n’avez pas lu la nouvelle vous aurez peut-être du mal à suivre l’histoire.

Toutefois, il faut reconnaître que l’esthétique de ce film, tant par la photographie que le son, est là pour nous immerger dans le contexte géographique et historique de l’histoire de manière plutôt remarquable. Les bourrasques de vent caressant les plaines des maquis sur de longs plans fixes dessinant les paysages étendus tels des tableaux de grands artistes modernes.

critique mateo falcone un western dans les maquis 1 Critique : Mateo Falcone, un western dans les maquis

Esthétique également la violence, dans sa forme la plus radicale, la plus crue : brisage de crâne à coups de pierre, plantage de baïonnette, le tout sous la beauté quasi-onirique des paysages corses, cela a de quoi dérouter.

Mateo Falcone est un film contemplatif, à la manière d’un Terrence Malick, Éric Vuillard mêle les prises de vues et de sons planantes, apaisantes, à l’or du blé des champs et le bleu du ciel. C’est un film qui se veut lent, la caméra est proche des personnages pour permettre l’équilibre avec une absence quasi-totale de dialogues. De cette manière, on s’y trouve plus proche, on les suit des yeux et leurs visages ne finissent pas par être un simple reflet de leurs sentiments mais presque un narrateur à part entière.

critique mateo falcone un western dans les maquis 2 Critique : Mateo Falcone, un western dans les maquis

Éric Vuillard réalise tout de même plus qu’une adaptation de Mérimée mais la parfaite transposition de la nouvelle au cinéma, ce qui laisse perplexe quant au pari affiché. Est-ce que Mateo Falcone au cinéma aurait pu être un très bon court métrage ? Oui sans doute, vraiment. Mais Mateo Falcone au cinéma en long métrage n’est pas pour autant un mauvais film. C’est un film qui a ses qualités comme ses défauts, manquant pertinemment de rythme, il demeure d’une incroyable beauté dans la contemplation et les choix d’Éric Vuillard gardent une importance capitale dans la narration.