Rédacteur - Olivia Schmoll

Le long-métrage Les Opportunistes, du réalisateur italien Paolo Virsì, est l’adaptation d’un roman de l’Américain Stephen Amidon intitulé « Human Capital » (le capital humain).

Deux familles italiennes, dont l’avenir se retrouve lié à cause à leurs enfants, sont alternativement au cœur du récit. Le spectateur suit le quotidien d’une famille riche et de l’autre, plus modeste, qui vont voir leurs acquis remis en cause par la crise financière.

La mise en scène est originale. Composé de quatre chapitres, le film traite plusieurs fois un même passage de trois perspectives différentes. Le film débute par un accident de la route. Un flash-back ramène le spectateur quelques mois plus tôt où le récit commence. On adopte alors le point de vue de Dino Ossola (Fabrizio Bentivoglio) qui fait la connaissance des Bernaschi, les riches parents de l’ami de sa fille. L’histoire se déroule jusqu’à un point clef, après lequel le spectateur est à nouveau conduit au début, avec cette fois, la vision de Carla Bernaschi (Valeria Bruni Tedeschi), la mère de la seconde famille. Une manière de voir l’histoire complétement différente. Le spectateur découvre alors la fragilité, la tendresse et la volonté de donner un sens à sa vie de cette femme mariée à un riche homme d’affaire. Une image que le spectateur n’avait pas imaginée lors de la première version, elle qui paraissait superficielle et dépensière. Enfin, on suit de près la fille de Dino Ossola, Serena (Matilde Gioli). Là encore, une version inattendue est dévoilée. Le dernier chapitre, le dénouement, est commun. Le point de vue n’est donc plus centré sur un personnage en particulier.

Si le spectateur assiste au même passage trois fois, il n’y a aucune redondance, les instants déjà vus sont rapidement abordés pour insister sur le quotidien propre au personnage concerné par le chapitre. Une plongée dans leur univers intime très intéressante.

les opportunistes Critique : Les Opportunistes, trois versions dune même histoire

La situation économique et l’accident de la route vont ainsi remettre en cause toutes leurs certitudes et leur routine. L’accident qui a lieu au début paraît déconnecté du film, jusqu’à ce qu’il rattrape les personnages principaux. Le réalisateur veut alors faire comprendre au spectateur le lien qui unit ces deux familles, aux antipodes. Les traits de caractère de certains personnages paraissent parfois exagérés. La pseudo amitié qui lie les deux hommes est forcément intéressée, avec la volonté d’un homme de se rapprocher d’une famille aisée et puissante. Tandis que l’autre, Giovanni Bernaschi, se sert du premier pour jouer au tennis tout d’abord, avant de l’utiliser et de faire en sorte qu’il investisse dans sa société, en grande difficulté financière. Si les situations débutent de manière assez classique, voire clichée, ce qui est mis en œuvre pour en sortir est plus inattendu.

les opportunistes 2 Critique : Les Opportunistes, trois versions dune même histoire

Le film surprend donc dans sa construction, et parvient à convaincre grâce à une histoire multifacette imprévisible. Le jeu des acteurs est à la hauteur des ambitions du film, avec dans le rôle des deux mères de famille : Valeria Golino, chez les Ossola, et Valeria Bruni Tedeschi, chez les Bernaschi. Cette dernière a d’ailleurs remporté, en juin dernier, un David di Donatello (l’équivalent italien des Césars français) de meilleure actrice pour son rôle dans ce film. Les Opportunistes a raflé d’autres récompenses lors de cette cérémonie, dont les prix du meilleur film et du meilleur scénario. En outre, Les Opportunistes représentera l’Italie lors de la prochaine cérémonie des Oscar, le 22 février 2015, à Los Angeles.