Rédacteur - Olivia Schmoll

L’usurpation d’identité à son paroxysme. Le duo, formé par Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière, co-réalisateurs du film Le Prénom, en 2011, avec Patrick Bruel et Valérie Benguigui, change ici complètement de registre.

Dans Un illustre inconnu, Sébastien Nicolas (Mathieu Kassovitz) s’approprie l’identité des personnes qu’il rencontre dans son quotidien. Le temps de quelques heures, il se glisse dans la peau d’inconnus en adoptant tant leurs traits physiques que leurs tics de langage et de comportement. Cet homme, agent immobilier, au premier abord fade et inintéressant, se révèle en réalité être un génie de la métamorphose qui confectionne lui-même dans sa cave ses masques pour ressembler, à s’y méprendre, à la personne qu’il imite. Ne parvenant pas à s’épanouir dans sa vie, il s’approprie celle des autres et parvient ainsi à se fixer des objectifs.

Une fin du film est donnée dès les premières minutes. Pourtant, le spectateur ne peut pas s’imaginer comment le film va se dérouler et se laisse berner, jusqu’au dernier moment, par ce qu’il croit avoir compris en préambule. L’histoire est pleine de rebondissements, complexe et très travaillée par les co-scénaristes Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière.

critique un illustre inconnu en quete didentite 2 Critique : Un illustre inconnu, en quête didentité

Mathieu Kassovitz a subi des heures de maquillage (4 heures quotidiennement) pour pouvoir copier le physique de ses victimes. Il joue même deux personnages pendant une bonne partie du film. Il interprète, en plus de son personnage, un musicien célèbre qu’il va imiter. Le travail sur le masque est donc impressionnant et minutieux. Le maquillage permet de dissimuler le vrai visage de Mathieu Kassovitz. Ce qui a fonctionné, puisque l’acteur affirme s’être parfois promené dans avec le masque afin de vérifier si on le reconnaissait. « J’ai pu parler pendant 10 minutes avec un vendeur d’appareils photo, il ne m’a pas reconnu, c’était génial », raconte le comédien.

Un scénario abouti dans lequel l’imitation est poussée à l’extrême, un maquillage réussi, des acteurs convaincants, une musique qui apporte la tension nécessaire dans certaines situations, tout comme les silences, très présents. Malheureusement, plusieurs longueurs alourdissent le film et le rendent moins fluide. Les deux heures que dure le long métrage se ressentent.

Autre petit bémol, un manque de crédibilité. Le spectateur arriverait davantage à croire à cette histoire si elle connaissait le passé de Sébastien Nicolas, ce qui l’a conduit à en arriver là. Un manque de réalisme qui rend le propos moins concluant. Le réalisateur s’est cependant expliqué sur ce passé non dévoilé. Pour lui, cela permet de rendre l’histoire de Sébastien Nicolas universelle et permet au public de s’identifier plus facilement à lui. Un choix contestable.

critique un illustre inconnu en quete didentite 1 Critique : Un illustre inconnu, en quête didentité
L’identité, tant sa perte et sa quête, est donc minutieusement analysée dans ce film. Un thème qui donne matière à réflexion et invite le spectateur à se questionner. Le personnage qu’interprète Matthieu Kassovitz a une famille, mais personne ne soupçonne son activité d’usurpateur. Jusqu’à quel point connaît-on ceux qui nous entourent ? Les scénaristes ont également voulu mettre l’accent sur l’étalage des vies privées sur internet. « On croit toujours que la vie des autres est plus intéressante que la notre quand on regarde sa page Facebook. Quand on regarde les autres, on en a une image fantasmée. On se demande pourquoi les autres ont cette vie, pourquoi ils sont plus heureux », explique le scénariste et réalisateur Matthieu Delaporte. « Les gens vivent de plus en plus avec un double numérique. C’est un jeu de dupe », poursuit-il. Pour en faire la promotion, l’équipe du film avait d’ailleurs emprunté les identités de plusieurs journalistes en créant des comptes Facebook identiques aux leurs avant d’entrer en contact avec eux.