Rédacteur - Alexis Pommier

Depuis quelques années, le cinéma africain se révèle au public comme traitant de tragédies propres à notre époque à l’instar d’un cinéma du réel et par conséquent, il se veut authentique mais fictionnel dans le but d’opérer une catharsis à la fois contemporaine et universelle. Il n’y a qu’à voirarrow 10x10 Critique : Timbuktu, lappel au cinéma pour la dénonciation et la liberté La Pirogue de Moussa Toure ou Grigris de Mahamat Saleh Hanoun pour comprendre l’enjeu et le besoin d’expression de ce cinéma à la fois nécessaire et édifiant.

En ce sens, Abderrahmane Sissako fait de Timbuktu un filmarrow 10x10 Critique : Timbuktu, lappel au cinéma pour la dénonciation et la liberté qui traverse une pluralité de genres cinématographiques sans pour autant ancrer son filmarrow 10x10 Critique : Timbuktu, lappel au cinéma pour la dénonciation et la liberté dans une catégorie à part entière. Dystopie du fondamentalisme religieux, film critique de l’absurdité d’une dictature, film de guerre et huis-clos autour du scénario, Timbuktu est tout à la fois sans en appartenir réellement.

Souvent quand on parle de dictature et peut-être même systématiquement, il est question de paternité ou de parentalité. « Staline, petit père des peuples » ou encore la passation de pouvoir de père en fils ; qui oserait renverser la figure paternelle ou même la contredire ? Ainsi, les habitants assiégés font figure d’enfants rebelles qui cherchent à s’insurger par tous les moyens, à narguer l’autorité « parentale », sous un seul mot d’ordre : liberté.

critique timbuktu lappel au cinema denonciation liberte 1 Critique : Timbuktu, lappel au cinéma pour la dénonciation et la liberté

Le plus étonnant est que l’on se surprend parfois à rire, du moins à sourire, de l’absurdité des lois ordonnées par le djihad au mégaphone qui fait office de crieur public : « interdit d’écouter de la musique », « les femmes doivent porter des gants et des chaussettes », « interdit de jouer au foot ». Attention, Timbuktu n’a rien d’une comédie et si parfois certains moments relèvent effectivement du comique ou plutôt de l’absurde, comme la séquence où un apprenti djihad explique ses motivations envers l’Islam radicale ou encore le moment où des jeunes jouent au football sans ballon, il s’agit là sans doute du genre dont le film se rapproche le moins. Peut-être parce que les faits relatés sont beaucoup trop graves et sensibles pour en tirer explicitement du rire ou de la moquerie. S’il y a une chose à retenir sur ce film, c’est que son réalisateur aime la religion musulmane et sa culture et mieux que d’éviter l’amalgame, il le montre du doigt.

Sous une image à la plastique solaire, déroutante, Timbuktu parle d’occupation, de violences dans leurs formes les plus crues, les plus sèches. La scène de lapidation d’un jeune couple condamné parce qu’ils n’étaient pas mariés est montrée avec une puissance frappante, horrifiante mais surtout singulière. On se sent comme enfermer dans la fiction, en sachant pertinemment que le filmarrow 10x10 Critique : Timbuktu, lappel au cinéma pour la dénonciation et la liberté ne tarit d’aucune exagération irrationnelle sur la politique extrémiste. On comprend donc, par les outils complémentaires que Timbuktu nous transmet, que l’extrémiste est un monstre, un démon universel qui parle à chacun et se déploie sous toutes ses formes.

critique timbuktu lappel au cinema denonciation liberte2 Critique : Timbuktu, lappel au cinéma pour la dénonciation et la liberté

Le huit-clos émanant de l’histoire elle-même (l’occupation des habitants de Tombouctou par les djihadistes) créer un paradoxe entre l’image et la musique. La loi illustrée dans le filmarrow 10x10 Critique : Timbuktu, lappel au cinéma pour la dénonciation et la liberté de la manière la plus oppressante (qui va même juste oppresser le spectateur lui-même) est absente au début du film et devient peu à peu présente comme une sorte de provocation, d’insurrection invisible mais retentissante alors qu’à l’image, la dictature et l’autorité des djihadistes se fait de plus en plus forte. La tristesse et l’horreur ont avalé les restes de comique et de repères d’extériorisation à la fiction que nous proposait Timbuktu et pourtant la musique est là, comme l’unique chose à laquelle on ne peut rien changer.

Durant ses 1h37, le réalisateur ainsi met à sa disposition tous les médiums du cinéma et l’art en général pour les réunir dans une immense chorale, une ode à la vie, sous un seul mot d’ordre : liberté !