Rédacteur - Nicolas Bussereau

Interstellar est un bon film. Mais c’est tout.

Quel étrange affirmation… Pourtant c’est vrai. En ayant pleinement conscience du caractère exceptionnel qu’est la qualité pour un film, je m’engage à dire que Christopher Nolan, dans le terrain où il s’aventure, ne fait rien d’autre qu’un bon film. Ni plus, ni moins. Et ce n’est pas assez.

On ne s’ennuie pas, la mise en scène est belle, épurée, le jeu des acteurs est bon, le scénario plutôt bien écrit. Il est vrai que lorsque l’on cherche à reprocher quelque chose de précis à ce film, sur la forme du moins, on peine à trouver.

Seulement on ne peut multiplier les références à deux oeuvres majeures (2001 : l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick et Solaris d’Andreï Tarkovski), sans atteindre leur dimension réflexive et métaphysique. Ces deux films sortent de leur schéma narratif afin de parvenir à un questionnement existentiel, sur la place de l’Homme dans l’univers, voire de l’univers dans ce qui constitue l’Homme… Et le problème pour Interstellar se situe en ce point précis. Christopher Nolan écrit son scénario, se documente, et nous apporte toutes les réponses que l’on attend. Mais il ne nous offre pas tellement de champ de réflexion.

interstellar au tour nolan 1 Critique : Interstellar, cest au tour de Nolan

Gravity (Alfonso Cuarón) était plus honnête en ce sens que, malgré quelques références à ces deux films emblématiques, il ne prétendait pas aboutir à ce type de raisonnement philosophique. Gravity est une expérience sensorielle remarquable, dont on ressort bouleversé grâce au travail sur l’environnement sonore, sur l’immersion visuelle, et donc fatalement sur la 3D. Mais il n’annonce pas aller beaucoup plus loin.

Interstellar, qui n’est pas sans qualités, au contraire, demeure un film froid, qui ne cherche ni à nous immerger dans le vide intersidéral dans lequel sont pourtant plongés ses protagonistes, ni à nous questionner sur l’Homme, sa place et son devenir. Nolan nous impose une histoire où toutes les réponses nous sont données. L’Homme est Dieu, et ses agissements ne se comprennent que si l’on admet la relativité du temps. L’humanité est sauvée du péril qu’elle a elle-même causé. « L’Homme est né sur Terre, rien ne l’oblige à y mourir. » Fin.

interstellar au tour nolan 2 Critique : Interstellar, cest au tour de Nolan

Soyons clairs. Je n’aurais pas la prétention d’énumérer tout ce qu’aurait pu faire Nolan, tout ce qu’il aurait pu dire. Simplement, il s’avance, la caméra à la main sur plusieurs fronts à la fois, mais les abandonne, sans qu’ils ne soient explorés dans toute leur complexité. Il se contente de citer Kubrick et Tarkovski, ce qui plaira probablement aux cinéphiles (n’oublions pas qu’il jouit du double statut d’auteur-grand public), sans remettre en cause leurs idées respectives, ni simplement les commenter.

En bref, Interstellar possède les ingrédients suffisants qui caractérisent un bon film, mais il ne les mélange pas.