Rédacteur - Alexis Pommier

« Les Hommes sont le sel de la Terre », punchline philosophique qui raisonne comme un livre ouvert sur la vie de Sebastião Salgado, photographe brésilien qui à force de voyages et de prises de risques a su dessiner une autre face du monde. Dessiner avec de la lumière, tel est, pour lui, le rôle d’un photographe.

La première question que je me suis posé à cet instant fut alors : que différencie un photographe d’un cinéaste ? Finalement, le film trouve t-il la réponse à cette question ? Non. La pose t-il simplement ? Peut-être pas. Mais par cette dualité qu’illustre Wenders, cette espèce de combat entre lui et le photographe qui se réfugie toujours derrière son appareil, le réalisateur ne cesse de passer de l’autre côté, son sujet le met lui-même en scène et tire cette amusante situation à son avantage. Le réalisateur dit d’ailleurs que ce fut pour lui, Salgado le photographe, la personne la plus difficile à filmer de sa carrière. Et nous devons le croire sur parole.

Si le cinéaste ne cherche pas à parler de leurs éventuelles séparations, il nous raconte avec une magie enivrante ce qui les rapproche. L’oeil qui capte la beauté là où il n’y en a peut-être pas est le fer de lance de ce documentaire. Cette envie d’interagir avec le monde et ce combat perdu d’avance qui ne se remarque que dans la beauté du geste, de vouloir changer les choses.

Wim Wenders, après nous avoir montré l’art de Pina Bausch, nous donne à voir celui de Salgado. Dans un film qui se lit comme une légende, à travers l’histoire tantôt familiale et personnelle et celle qui parle de sa carrière. Tantôt racontée par son père, son fils, Wenders ou Salgado lui-même, le récit nous rapproche à la fois de nous-même mais va aussi plus loin en nous mettant face à nos propres rêves.

sel terre 2 Critique : Le Sel de la Terre, un photographe dans la lumière

De Sahel à la mine d’or de Serra Palada, le photographe a durant toute sa carrière porté une forte attention à l’étude de l’Homme. De manière brute, il présente l’humain dans sa douleur, sa détresse, sa peine et sa fatigue mais nous montre t-il vraiment ce que l’on voit ? Salgado est de ses hommes qui aime les Hommes et son travail est voué à dénoncer la cruauté, le déséquilibre et l’indifférence. Quand il montre la famine au Mali ou le conflit du Rwanda, il sait nous renvoyer directement à nos propres responsabilités et c’est en ce sens que l’on capte toute la lumière de son raisonnement.

sel terre 3 Critique : Le Sel de la Terre, un photographe dans la lumière

Le travail de Salgado n’était pas perdu d’avance mais encore faut-il croire en l’humanité pour lire à travers les argentiques de ce véritable peintre de la lumière. Sans doute par lassitude, notre photographe a retiré son objectif des régions habitées pour le poser devant le vide apaisant de la nature. Après nous avoir parlé, il a fini par écouter. D’ailleurs il le dira lui-même : « Dans Genesis, mon appareil photo a permis à la nature de me parler. Écouter fut pour moi un privilège. » À travers le Grand Canyon ou l’Alaska, avec les manchots ou les lions de mer, Salgado a finalement compris que celui qui veut transmettre et d’abord celui qui est prêt à écouter.