Rédacteur - Charlie Briand

Étudier à la HFF Konrad Wolf de Postdam ne conduit pas nécessairement à faire des films de qualité par la suite, mais cette formation a au moins pour conséquence une certaine maîtrise du support filmique. Maîtrisé, le Chemin de Croix de Dietrich Brügemann l’est sans aucun doute. Il trace le parcours de Maria, une adolescente, élevée selon le fondamentalisme de la fraternité sacerdotale Saint Pie X, qui a pour seul but de devenir une sainte, et ce sans se fixer de limites.

La force majeure du film se situe dans sa structure : quatorze plan-séquences, chacun nommés par les quatorze stations du chemin de croix, de la condamnation à mort de Jésus, à sa mise en sépulcre. Ces quatorze tableaux aux semblants de fresques nous permettent, malgré ce cadre rugueux, de poser notre regard sur l’image et d’explorer cet espace aussi riche que clos. L’aspect didactique de l’œuvre nous oblige parfois à avoir les yeux rivés sur les sous-titres, mais, dieu merci, les trois mouvements de caméra du film se donnent à voir pleinement, et dégagent une véritable puissance symbolique. Force est de constater que toute structure narrative inspirée des trois grands monothéismes présente une certaine efficacité.
La religion est une cascade d’histoires, qui forme elle-même l’Histoire, et un certain modèle social tant imprégné de totalitarisme que de normalité. Cet inquiétant paradoxe est d’une part logique, dans la mesure où il illustre l’incohérence de notre héritage épistémologique, et d’autre part, il est la cause du dérèglement qui va tirer Maria vers quelque chose d’extrême et l’inciter à être comme déshumanisée à travers cette « conformité sectaire ». Le paradoxe, c’est cette marginalisation subie par Maria pendant qu’elle cherche à se conformer à une idéologie et ne pas sortir d’un rang. En ce point, la religion n’est-elle pas une nouvelle fois un parfait moyen de transposer et symboliser bien d’autres types de dérives sociales contemporaines, particulièrement chez les adolescents occidentaux ?

chemin croix 1 Critique : Chemin de croix, un paradoxe créateur
Dans son film, Dietrich Brügemann excelle dans l’usage d’une figure à la fois maternelle et patriarcale pour incarner cet hybride totalitariste-protecteur comme origine d’une dangereuse assurance aux allures d’inquiétante étrangeté. Ce piège est aussi celui de la blancheur, qui envahit le visage de Maria jusqu’à en faire un monstre lors de la douzième station, synonyme de pureté et d’aveuglement pour elle, d’épure et d’ouverture à la création pour Brügemann.

On notera l’agréable sensation que procure une thématique de l’extrémisme religieux lorsqu’on ne la développe pas à travers l’Islam. La plume du réalisateur-scénariste (qui co-écrit ce film avec sa sœur Anna) est ici emplie d’une certaine justesse. Ceci est dû à sa propre enfance, durant laquelle il a également côtoyé la fraternité sacerdotale Saint Pie X, mais le récit n’en est pas pour autant autobiographique. Comme ce qu’il traite, Chemin de Croix est une invention, sans danger, elle.