Rédacteur - Alexis Pommier

Plan d’ouverture : un hélicoptère survole les banlieues de Buenos Aires et une voix hors-champ nous fait penser qu’il surveille les départs de feu dans les environs. Le contexte du film s’installe : la peur bien sûr, et dès le premier plan émane du décor la cause de celle-ci. Les quartiers prolétaires jonchent les banlieues plus aisées, on verra par la suite que ces dernières sont de véritables ghettos résidentielles pour familles riches. 

La peur est donc induite par l’ignorance. Le renfermement de cette classe sociale, que l’on suivra tout au long du film, est la cause de cette ignorance qui elle-même provoque la terreur. Slavoj Zizek nommait d’ailleurs dans son livre Vivre la fin des temps « la croissance explosive des divisions et exclusions sociales » comme l’un des « quatre cavaliers de l’Apocalypse ». 

Alors voit-on une forme d’apocalypse dans les rapports humains illustrés dans ce film ? La réponse est peut-être ou sans doute s’agit-il de la veille de la fin des temps, pour faire référence au philosophe slovène. 

critique histoire de la peur les divisions sociales aux frontieres du film dhorreur 1 Critique : Histoire de la peur, les divisions sociales aux frontières du film dhorreur

D’un jeune exécutant une danse terrifiante dans un fast-food à une alarme qui se déclenche par erreur sans que personne ne soit entré dans la maison, la peur est suggérée de partout, toutefois aucune violence n’est présentée de manière brute. Mais peut-être que cette horreur sous-entendue, qui crée une tension épidermique chez le spectateur est en fait le moyen le plus efficace d’en faire ressentir toute l’essence. Si la brutalité apparaissait à l’image, le film sortirait de son contexte, on ne parlerait plus de l’Histoire de la peur mais plutôt de l’Histoire de la violence, celle-ci deviendrait sans doute risible car ce que le spectateur attend au fond de lui, c’est que cette violence éclate pour qu’il puisse se libérer de l’identification au personnage.

Benjamin Naishtat l’a visiblement bien compris et nous le démontre non seulement par le scénario mais aussi par le montage et la musique. Les plans longs, presque des plans séquences ont autant d’efficacité sur la tension dramatique que le montage haché qu’il nous présente au milieu du film. Le rythme du montage est ressenti comme celui d’une partition qui fait corps avec la musique du film servant elle-même cette tension anxiogène. Au début du film, les images se figent presque sur le décor, comme un calque, afin d’absorber toute l’horreur que l’on nous présente. Puis plus loin et seulement parfois, ce dernier s’apparente aux battements du coeur, comme une tension palpable, qui s’illustre en images.

critique histoire de la peur les divisions sociales aux frontieres du film dhorreur 2 Critique : Histoire de la peur, les divisions sociales aux frontières du film dhorreur

La musique quant à elle, légère et pourtant fortement présente accompagne le montage. Elle fait même beaucoup mieux, elle constitue un véritable personnage dans le film. Une sorte de chef d’orchestre qui dirige la tension dramatique. Toutefois, sa légèreté lui permet de ne pas dicter la sensation du spectateur (à l’inverse de la plupart des films angoissants.)

Finalement, qui sont les plus terrifiants dans l’histoire ? C’est peut-être ce qu’à voulu dire Naishtat. Coupé par d’étranges interviews, nous entrons peu à peu dans la matrice psychologique des personnages. Toutefois, le seul personnage conserve une ambiguïté réellement forte. Parle t-on vraiment de personnage principal ? Sans doute, ce personnage principal est-il l’ensemble de ses individualités formant un tout, de par leur manière d’être, leur caractère et plus tard leur façon de réagir face au danger. Pola, protagoniste du film, symbolise finalement la peur dans le contexte social qu’il tente en vain de pénétrer. Il fait peur autour de lui parce qu’il vient de ses quartiers dont les personnes riches s’inquiètent. La peur envahit l’espace.

critique histoire de la peur les divisions sociales aux frontieres du film dhorreur Critique : Histoire de la peur, les divisions sociales aux frontières du film dhorreur

La chose la plus remarque dans Historia del Miedo est qu’il traite la peur sous une forte pluralité de causes en laissant transparaître que le film est réaliste et non alarmiste ou diffamatoire.

Finalement qu’y a t-il de plus terrifiant entre une coupure de courant suivie d’un feu d’artifice venant de « nulle part » et une meute d’humains déchiquetant de la chair à s’en étouffer ? L’idée que l’on se fait du film est je pense terriblement influencée par notre propre contexte social et nous met en quelque sorte face à nous-même.