Rédacteur - Alexis Pommier

Après Kaboom, Gregg Araki réalise White Bird adapté du roman Un oiseau blanc dans le blizzard de Laura Kasischke. Crise d’adolescence prenant des formes de thriller, histoire raconté par le personnage principal via la voix-off ; avec ces enjeux esthétiques, le réalisateur nous parle encore de son sujet fétiche. Mais est-ce un reproche ? Non, pourquoi reproché à un cinéaste de traiter un sujet qu’il connait dans les moindres recoins ?

Ainsi, le film se déploie et nous balade entre flash-backs ou visions dérangeantes et l’apprentissage de la vie d’adulte de Kat, ou Shailene Woodley, qui à 17 ans se trouve confrontée à la disparition de sa mère qui n’a laissé ni traces, ni raisons.

La fin des années 80, un quartier calme de la banlieue de Los Angeles, une famille désespérément banale, l’univers nous évoque l’épilogue du Blue Velvet de David Lynch avec ses quartiers résidentiels type du capitalisme américain, le standing par excellence, aussi calme qu’inquiétant. Le personnage du père, interprété par Christopher Meloni, est l’archétype du fonctionnaire : peu attractif, il n’en reste pas moins énigmatique. Il donne l’impression d’avoir perdu son éclat  à cause d’une vie de famille trop bien rangée, sa femme le déteste et sa fille le considère comme un looser. Eva Green quant à elle représente parfaitement dans le rôle de la mère disparue ce type de femme née à l’aube des années 50, qui constate une telle émancipation des sexes durant sa vie qu’elle décide un beau jour de tout plaqué, jeter littéralement l’éponge et vivre enfin.

critique white bird une crise dadolescence se transforme en thriller 1 Critique : White Bird, une crise dadolescence se transforme en thrillerTout est clair, même pour leur fille : papa est devenu un bon à rien, un gros nounours incapable alors maman s’est barré parce qu’elle en avait assez de laver les carreaux toute la journée et de procrastiner le reste du temps au bord de la piscine.

Seulement ce constat établi, plus on avance dans l’histoire plus la théorie se fissure. Les révélations que le commissaire fait à Kat après avoir couché avec, remettent le doute dans l’esprit de l’ado qui pourtant avait fait le deuil de sa mère. La jeune fille se transforme alors en apprenti détective accompagnée de ses deux meilleurs amis : une obèse et un gay très efféminé.

critique white bird une crise dadolescence se transforme en thriller 2 Critique : White Bird, une crise dadolescence se transforme en thriller

La filmographie de Gregg Araki observe depuis bien longtemps l’adolescence sous toutes ses formes : le changement, l’impression d’être persécuté ou encore d’être délaissé. Le parcours de cette ado n’a finalement d’originalité que par les péripéties qui l’accompagnent. Et le cliché de la gamine en mal de reconnaissance qui se tape son voisin, un beau garçon mais d’une débilité abyssale n’est que trop attendu.

La musique prouve toutefois que le réalisateur connait son sujet. Ainsi on est bercé par les sons qu’écoutait une adolescente à la fin des eighties et au début des nineties : Joy Division, The Cure, Depeche Mode. 

Des points forts et des points faibles, mais surtout un gros point faible : la manie du cinéma américain de vouloir donner une fin à toutes les histoires. Toutefois, le réalisateur parvient malgré tout à apporter de la nouveauté dans ce finale assez loufoque. En somme, Gregg Araki nous propose encore une fois un film dont la trame scénaristique et la réalisation sont parfaitement travaillé et le résultat demeure intéressant et agréable à voir.