Rédacteur - Ludovic Sprengnether

Sa notoriété se fait de plus en plus grandissante en France et dans le monde entier. Xavier Dolan, vingt-cinq ans, vient tout juste de sortir son cinquième film Mommy, prix du jury au dernier festival de Cannes. Parlons-en.

Parlons tout d’abord du thème abordé dans ce film de plus de deux heures : la relation mère-fils. Dolan dit lui-même qu’il pourrait parler toute sa vie des mères et que c’est un sujet inépuisable, que l’on pourrait traiter sous tous les angles. Dans ce dernier long-métrage, il a choisi de nous faire partager les problèmes que rencontre Diane (Anne Dorval, actrice fétiche de Dolan) à élever son jeune fils psychologiquement troublé Steve (Antoine-Olivier Pilon) dans un Canada qui a un an d’avance sur le notre où une loi fictive autorise les parents en difficulté à confier leurs enfants à des instituts spécialisés.

Steve vient de se faire virer d’un centre de rééducation à cause de sa violence. Diane refuse de le placer sous la juridiction de cette nouvelle loi et reprend la garde de son fils. La mère et l’enfant ont une relation ambiguë qui les poussent à s’aimer et à se haïr toute la journée.

critique mommy dolan aime les meres le confirme 11 Critique : Mommy, Dolan aime les mères et le confirme

Dolan veut nous faire voir cet espoir qui va et qui vient, cette lueur dans les yeux de Diane devant une cause désespérée. Le jeune réalisateur met en avant le courage de cette mère qui fait tout pour son jeune fils, qui voudrait lui-même aller mieux mais qui n’arrive pas à trouver les clés de sa guérison. C’est une cause perdue, le spectateur en prend conscience mais par les images fortes qui nous sont montrées, on ne peut s’empêcher de se prendre d’affection non seulement pour Diane, qui irait jusqu’à littéralement donner de sa personne pour la cause de son fils mais également pour Steve. On a envie de lui dire, depuis notre fauteuil « Bats-toi, non, ne replonge pas ». On veut leur bonheur, on a envie qu’ils retrouvent leur sérénité affective et familiale. Cette femme, veuve, qui délaisse sa vie au profit de celle de son fils, ne mérite t-elle pas notre empathie ?

critique mommy dolan aime les meres le confirme 2 Critique : Mommy, Dolan aime les mères et le confirme

L’ambiance du film joue sur deux tableaux : l’innocence d’un enfant qui provoque l’engouement du spectateur opposée à sa brutalité que l’on ne comprend pas et qui fait retomber cet engouement. On oscille tout le long du film et Dolan, à sa manière, nous fait comprendre qu’il faut rester sur une note pessimiste. Il n’est pas un spécialiste du Happy End et la trajectoire qu’il fait prendre à tous ses personnages (pas seulement dans ce film) en est la preuve. Ils sont condamnés à errer avec leur âme en peine, et on aime ça. On pourrait peut-être reprocher à Dolan de s’immiscer un peu trop dans ses films en insistant sur ce thème là de la « mère combattive », du courage dont elles font preuve et du respect qui leur est du, de ne pas laisser sa place au spectateur dans le parti qu’il veut prendre,  mais c’est son moyen de nous émouvoir et ça marche plutôt bien.

Rendez-vous en 2016 pour le prochain.