Rédacteur - Ludovic Sprengnether

Rendre compte de la littérature française du XIXème siècle (ou du moins une esquisse) dans une Normandie d’aujourd’hui est désormais possible grâce à cette réalisation d’Anne Fontaine, qui signe avec Gemma Bovery un concentré d’humour et de poésie servi à la sauce Luchini.

Quand un ex-Parisien reconverti boulanger de village rencontre la pseudo-réincarnation de son personnage  favori, la rencontre promet d’être intense et sensuelle. Déception ? Pas vraiment.

Ce film nous montre à quel point les romans réalistes de l’époque ne sont pas juste des tas de feuilles imbuvables où les héros mettent vingt-cinq pages avant de passer de la chambre au salon comme on nous les dépeint souvent. Non, vraiment, c’est bien plus que ça et il se pourrait même que vous vous réconciliez avec Flaubert et autres Balzac. Anne Fontaine fait de ses acteurs des marionnettes (non ce n’est pas péjoratif) qui se mettent au service d’une littérature et surtout d’une poésie à en rester bouche bée. Vous n’avez pas lu Madame Bovary ? Ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas seul et ce n’est pas bien grave, vous prendrez le même plaisir que les Aficionados de cette littérature à voir Martin (Fabrice Luchini) diriger comme il l’entend la vie de Gemma (Gemma Arterton) souvent à ses risques et périls.

critique gemma bovery de flaubert a fontaine 1 Critique : Gemma Bovery, de Flaubert à Fontaine

Ce qui fonctionne exactement ? A peu près tout : le jeu des acteurs, l’ambiance pittoresque, le ton décalé des situations, les quiproquos, tout. Ce n’est pas juste un film à voir, c’est aussi un film qui donne à réfléchir sur notre position de spectateur : est-ce que je reste passif et considère l’action comme banale ou vais-je chercher la particularité qui fait de ce film une pépite de cette rentrée ? Non ce n’est pas une adaptation de Madame Bovary, c’est plutôt une adaptation de Flaubert et de son rapport au personnage. Nuance. Anne Fontaine n’a pas la prétention de se placer comme érudite apportant la Sainte Littérature à d’ignorants spectateurs. Au contraire, elle laisse le choix du ton que nous, spectateurs, voulons donner à la situation : pathétique, romantique ou comique et c’est une des forces de ce film. La légèreté ou la dureté. On a le choix.

critique gemma bovery de flaubert a fontaine é Critique : Gemma Bovery, de Flaubert à Fontaine

Vous aurez aussi ce choix si vous décidez d’aller vous laisser bercer par Gemma, Martin, sans oublier les autres. Ces autres qui englobent l’intrigue, la nourrissent, et permettent à Gemma Bovery son identité filmique si particulière.