Rédacteur - Olivia Schmoll

Deuxième long métrage de la réalisatrice Jeanne Herry, « Elle l’adore » a remporté le prix Michel d’Ornano lors du dernier festival de Deauville. Un prix amplement mérité. L’année dernière, c’est « Les garçons et Guillaume, à table », de Guillaume Galienne, qui avait reçu cette récompense.

Le pitch, énoncé simplement pourrait en décourager plus d’un : un chanteur demande à sa plus grande fan de l’aider à se débarrasser du corps de sa compagne, qu’il a accidentellement tuée. Mais la réalisation, le montage et le jeu des acteurs font de ce film l’une des meilleures surprises de cette rentrée 2014.

Deux acteurs mènent parfaitement ce long métrage du début à la fin. Laurent Lafitte et Sandrine Kiberlain, deux comédiens à la mode. Ces dernières années, il peuvent cumuler jusqu’à quatre films par an chacun. Dans « Elle l’adore », on découvre néanmoins de nouvelles palettes d’émotions dans le jeu de ces acteurs. Que ce soit dans « Polisse », « les Femmes du 6e étage », « les Infidèles » ou encore « 9 mois ferme », Sandrine Kiberlain a toujours su nous surprendre et ne se cantonne pas à un type de rôle défini. Elle adapte son jeu et peut interpréter n’importe quel personnage. Dans « Elle l’adore », elle joue le rôle de Muriel Bayen, une mère de famille séparée, esthéticienne, mythomane et surtout fan absolue d’un chanteur. Elle dévoile, au fur et à mesure du film, une extrême maîtrise d’elle-même, un humour subtil mais terriblement efficace. De même que son idole, Vincent Lacroix (Laurent Lafitte), qui fait preuve de sang-froid et réussit à élaborer un plan parfait après avoir tué sa femme. Une telle maîtrise des émotions en devient presque effrayant. Membre de la Comédie française, cet acteur a également le talent nécessaire pour jouer tous les rôles et camper des personnages variés. Les policiers, interprétés par Pascal Demolon et Olivia Côte, sont aussi remarquables et apportent la tension et l’humour dont le film se nourrit.

194117.jpg r 640 600 b 1 D6D6D6 f jpg q x xxyxx Critique : Elle ladore, un thriller intelligent et plein dhumour

Le montage est singulier et rend ce long métrage haletant. Le film suit un ordre chronologique mais des flash-back interrompent le déroulement classique pour dévoiler au spectateur ce qu’il s’est réellement passé, ce qu’il n’a pas vu et qu’il croyait pourtant acquis. Le spectateur ne peut jamais anticiper la suite de l’histoire. Grâce au montage subtil, pas besoin d’entendre Laurent Lafitte chanter. Lors des concerts, la caméra se focalise sur Sandrine Kiberlain en admiration devant son chanteur fétiche et en train de donner de la voix sur chaque musique. La manière de filmer participe donc à la subtilité du film. Les émotions véhiculées par les acteurs remplacent parfois de longs discours. Un plan serré sur le visage silencieux des personnages suffit à faire passer le message. La musique s’adapte parfaitement aux situations pour harmoniser encore davantage l’ensemble du film.

192495.jpg r 640 600 b 1 D6D6D6 f jpg q x xxyxx Critique : Elle ladore, un thriller intelligent et plein dhumour
Le scénario véritablement travaillé, le rythme, les dialogues, rien n’est laissé au hasard et tout est maîtrisé. « Elle l’adore » est un film intelligent, un thriller psychologique à l’humour subtil mais percutant. Le film dure 1h45, aucune longueur n’est à signaler, on ne s’ennuie pas une seule seconde.