Rédacteur - Nicolas Bussereau

Ce 20 août, Films sans Frontières ressort dans une version restaurée ce film du réalisateur japonais, connu pour ses nombreux mélodrames où le rôle de la femme est exploré dans toute sa splendeur.

L’histoire est simple. Mohei, employé préféré du grand imprimeur du Palais Impérial, utilise frauduleusement le sceau de son patron pour obtenir de l’argent, destinée à Osan, la femme du grand imprimeur, qu’il aime secrètement.

Seulement sa faute est découverte, et dans un concours de circonstances, Osan et lui, surpris ensemble, se doivent de fuir pour survivre.

L’intérêt du film est de montrer la fuite de deux êtres appartenants à une classe sociale bien différente, qui fuient ensemble, finissant par se comprendre, s’aimer, puis par mourir sur un seuil d’égalité.

La scène finale, des deux amants attachés, prêts à être crucifiés, évoque plutôt l’officialisation de leur amour. Leur mort n’est autre que leur mariage. Malgré ce que l’on pourrait y voir au premier abord, le film de Mizoguchi est loin de se clore tragiquement. On peut facilement se dire que leur amour interdit les conduit au trépas, alors qu’en vérité, ils ont besoin de la mort pour se réunir.

les amants crucifies la mort comme union eternelle 1 Placard : Les Amants crucifiés, la mort comme union éternelle

Ce « mariage » est donc bien entendu leur union, mais aussi l’acte mettant à défaut le système féodale japonais du 18ème siècle. Car au-delà de l’amour entre ces deux êtres, c’est bien un drame social qui se joue dans cette oeuvre de 1954.

Ce même drame social se répétera inlassablement (ou presque…) à travers les époques et les films, racontant depuis Shakespeare, de nombreuses histoires d’amour impossibles, qui d’un côté se termineront par la séparation définitive des amants interdits, et d’un autre par leur union jusqu’à la mort. Kenji Mizoguchi, quant à lui,  fait de la mort le serment d’éternité qui lie Mohei à Osan.