Rédacteur - Nicolas Bussereau

J’ai toujours eu une passion pour les premiers films de grands réalisateurs. Je suis convaincu qu’ils donnent plus d’informations sur la personnalité de ces cinéastes que le reste de leur filmographie. Pourquoi cela ? Simplement parce qu’un jeune réalisateur, veut tout dire dès les début.

On voit alors se décliner l’étendu d’un univers, d’un système de pensée, d’une manière de filmer, de raconter. Regardez Stereo de David Cronenberg et vous comprendrez, regardez également le peu de minutes restantes de My Best Friend’s Birthday  de Quentin Tarantino, où les dialogues vous rappelleront sans doute les meilleures lignes de ses autres œuvres. On peut parler évidemment de Francis Ford Coppola et de son Dementia 13, et même aller jusqu’au Citizen Kane d’Orlon Welles.

Ma seule exception dans ce genre reste La Nuit du chasseur, seule réalisation (et quelle réalisation) de Charles Laughton, mais c’est un autre article qu’il faudrait développer…

Se construit alors un ensemble de films où les premières obsessions de leur créateur sont discernables avec une plus grande fragilité que dans leurs autres essais. Vient ainsi se glisser dans cette catégorie Fear and Desire de Stanley Kubrick, une oeuvre incroyablement touchante, tant par sa beauté que par l’avant-goût qu’elle nous donne d’une si riche filmographie.

C’est dans une guerre abstraite que s’inscrit l’histoire de soldats qui, après le crash de leur avion, se retrouvent bien malgré eux dans le camp ennemi. Il s’agira pour eux de trouver un moyen de revenir chez eux. Seulement, à la vue d’un général ennemi proche de la frontière, les hommes voudront l’assassiner avant de s’enfuir…

Ce n’est pas un film de guerre à part entière. C’est un film qui pense la guerre, muni d’une portée métaphysique extraordinaire.

La force du film est de glisser des inconnus dans un endroit inconnu, tout ceci dans un contexte inconnu. Fear and Desire, c’est un schéma. Comme disait Pierre Desproges : « la guerre est faite par des gens qui ne se connaissent pas, qui entre-tuent pour le compte de gens qui se connaissent, et qui ne entre-tuent pas. »

Kubrick illustre avant l’heure cette citation de l’humoriste, en définissant le flou qui règne dans l’esprit des militaires, ils se battent sans savoir pourquoi ni contre qui. Ils ne sont que les pions de l’échiquier de la guerre.

placard fear and desire lorigine dun mythe 1 Placard : Fear and Desire, lorigine dun mythe  

Fear and Desire montre avec une belle approche l’attitude de soldats lors d’un conflit, leurs doutes, leur espoir ou leur désespoir face à l’avenir, leur chute dans la folie, leur vision de la vie. On verra alors défiler quelques plans se faisant les précurseurs de Full Metal Jacket, mais aussi un peu d’Orange Mécanique, ou alors 2001 : L’Odyssée de l’espace, Shining, etc.

Voilà pour Feat and Desire, c’est un film qu’il faut voir, car comme beaucoup de premiers films, il n’est pas un simple long-métrage, il est la note d’intention formulée par Stanley Kubrick sur le reste de sa carrière.