Rédacteur - Nicolas Bussereau

Rien. C’est l’avenir peu envoûtant prédit par cet homme mystérieux qu’est Managment (Matt Damon), et que Qohen Leth (Christoph Waltz) s’évertue à confirmer. On pourrait alors facilement tomber dans le piège qui présenterait le film comme une suite de scènes sans le moindre intérêt, juste présentes pour le simple plaisir de l’homme derrière la caméra, pour la beauté du geste en définitive.

 Or Terry Gilliam n’essaie pas de prouver comme son personnage que tout n’est que hasard, que rien n’a de sens et que le monde disparaîtra comme il est né.

Non, le réalisateur tente de montrer ce qui résiste à l’extinction, en abordant les thèmes omniprésents de notre époque, à savoir la virtualité et  la sexualité. Mais la question qui persiste dans ce film étrange est bien celle-ci : « Comment échapper à l’uniformité ? ». Le cinéaste nous confronte à un homme qui parle au nom de plusieurs personnalités, qui attend un coup de téléphone qui donnera sens à sa vie et qui ne sait pas s’adapter à ses congénères. Il est le spectre qui dit « nous » d’une humanité qui dit « je ».

S’amorce alors une sorte de quête initiatique pour Qohen Leth, qui affronte l’hostilité du monde qui l’entoure, accompagné d’un jeune surdoué, qui essaie de l’ouvrir aux autres et de lui montrer que son avenir est identique à celui de ses semblables. Il marche sur les sentiers de la reconnaissance, trouvant peu à peu ce qui le distingue des autres. Il est l’acteur d’un grand problème de notre époque, qui malgré ce que l’on pourrait croire, construit des entités propres, où l’individu est égal à l’ensemble.

Le film pourrait finalement n’être qu’une analyse de notre monde occidental, régi par les images, les publicités, la virtualité, internet, et gouverné non plus par les politiques, mais par des businessmen, les nouveaux grands dirigeants. L’oeuvre de l’ancien Monthy Python prend alors des allures de dystopies, montrant une société ultra surveillée et sécurisée, dirigée par un seul homme, véritable caméléon se cachant derrière chacune des caméras de surveillance de la ville, et cherchant à compléter le cerveau géant réunissant tout l’intellect de la population.

Qohen tente alors de se démarquer, de fuir cela, à la recherche de l’élément qui le rendra unique.

 Critique : Zero Theorem, The Gilliam Theorem

Cet élément fait son apparition tout en subtilité, notamment par le système de réalité virtuelle, il s’agit bien sûr de l’imagination. Ce sont ses souvenirs, ses pensées, ses idées qui le rendent extraordinaire. La fin du monde réel ne supprimera pas son âme, qui s’isolera comme elle l’a toujours souhaitée, à l’abri de l’inconscient commun mis en place par la société.

Quand l’univers éclate, que la matière s’effondre et que le sens disparaît, seul l’imagination peut survivre. Telle pourrait être l’explication du théorème improuvable qu’est le film de Terry Gilliam.