Rédacteur - Ludovic Sprengnether

David Cronenberg frappe de nouveau avec un film de commande, The Nest, spécialement conçu pour l’EYE Film Institute in Amsterdam qui présente en ce moment même, et ce jusqu’au 14 septembre, une rétrospective sur le cinéma du réalisateur Canadien. L’exposition n’est pas toujours là où on croit..

Troublant est un qualificatif que l’on pourrait attribuer à ce court-métrage dans lequel jouent Evelyne Brochu et Le Fou Cronenberg en personne. Mais au-delà de troublant, ce court-métrage est une mise en abyme de l’univers du cinéaste : un genre de « Je vous montre comment je fais du cinéma à partir d’éléments décousus. Et au final, ça fait un beau canevas ! » C’est ce que l’on peut se dire en voyant ce plan séquence de neuf minutes. Tourné de manière amateur, caméra à l’épaule (ici sur la tête) nous sommes à la place de Cronenberg, en parfaite vision subjective. Il veut inspecter le sein de sa patiente et nous, spectateurs, sommes dans la tête de ce chirurgien délirant. On est alors obligé de repenser aux œuvres singulières qui ont marquées le début de sa carrière. Citons bien sur les fameux Stereo et Crimes of the Future. Deux longs-métrages aussi dérangeants que ce qu’il nous présente aujourd’hui. On voit bien alors que l’évolution de son esthétique n’empêche en rien la continuité obsessionnelle qui opère dans sa filmographie. Les sujets restent proches, seul leur traitement change.

L’histoire est insensée et surprenante mais c’est le message qui en ressort qui donne toute son importance aux images. Le son n’est pas de haute performance et la qualité visuelle non plus. Et on s’en fout ! C’est un docu-fiction à l’environnement glauque. Ce qui doit être un cabinet médical n’est autre qu’un garage mais également un laboratoire expérimental. Car le cinéma de Cronenberg est expérimental. Il se fout du réalisme et de la folie de ce court-métrage naît un message d’espoir pour le personnage qu’interprète Brochu. On a même une sorte d’empathie pour elle qui n’a pas lieu d’être.

video the nest david cronenberg acteur de sa propre folie 1 Vidéo : The Nest, David Cronenberg acteur de sa propre folie

Ici, il y a deux postures à adopter, deux personnages qu’il faut comprendre : le chirurgien, qui fait sa démonstration mais qui n’est en fait que Cronenberg lui-même montrant son cinéma, et la patiente, qui représente le spectateur devant un film de Cronenberg ou qui converse simplement avec lui, tentant de décrypter les rouages d’un cinéma complexe. Le dialogue est banal mais il est codé. Le questionnement qui en ressort est le suivant : Qui est David Cronenberg ?