Rédacteur - Charlie Briand

La difficulté dans laquelle sont plongés les grecs depuis plusieurs années a au moins le mérite de détenir une vertu créatrice, Yorgos Lanthimos l’a récemment prouvé avec ses deux sublimes longs-métrages que sont Canine et Alps.

Faut-il s’évader d’une réalité bien cruelle ou faut-il la défier en lui ôtant toute capacité nécessaire ? Quand un lapin en peluche géant demande à Dany (interprété par Kostas Nikouli) si ce dernier pense vraiment qu’il puisse être réel, le jeune héros lui répond « non, mais ça n’a pas d’importance ». C’est avec cette distance et une importante humilité que Panos H.Koutras aborde son quatrième long métrage, angles d’attaque salués par la critique il y a déjà quatorze ans pour L’attaque de la Moussaka Géante.


Bonne idée que de ne pas aborder avec prétention le panel thématique qu’offre Xenia : Sexualité, immigration, fascisme, identité, surmédiatisation, surconsommation, sont autant de sujets abordés avec un même second degré sur fond de satire.

critique xenia la limite du melange des genres 1 Critique : Xenia, la limite du mélange des genres

Une épopée aux airs de conte de fée ancré dans le réel, ou l’histoire d’un héros rêveur censé nous toucher par son immaturité, voilà ce qui résulte du mélange que forme le film, mais la légèreté attendue se fait trop rarement ressentir, au point d’instaurer une certaine lourdeur dans le temps.
Un film de plus de deux heures demande un important travail de montage et une certaine musicalité qui nous fera passer outre sa durée. Ici, le pari n’est pas raté dans la mesure où Koutras bâtit sous nos yeux ce qui s’apparente à un voyage initiatique pointant du doigt bien des aspects socio-politiques actuels, mais celui-ci évolue aux moyens de procédés trop formels, des armes, des baisers et du chant pour ne pas décevoir les fans de comédie musicale. A cette formalité s’ajoute certains clichés moyennant trop peu (ou simplement trop) de subtilité pour décrocher un sourire dans la salle, avec en point d’orgue le jeune gay efféminé qui fait des pirouettes dans l’herbe avec son lapin. Ce lapin, parlons-en, il est au début du film un animal ordinaire, puis une peluche, puis une peluche déchiquetée, et enfin une peluche géante ressuscitée, ce qui est sûr, c’est qu’il est la patte (un brin) surréaliste de cette fiction, et qu’il ajoute par conséquent, contrairement aux apparences, une certaine crédibilité à Xenia en tant que film absurde.

critique xenia la limite du melange des genres 2 Critique : Xenia, la limite du mélange des genres

L’absurde, qu’on pourrait avant tout définir comme l’approche de sujets graves, sur un ton plus qu’aigu, d’où le parallèle avec la satire comme genre fondateur de ce film et comme le tronc d’un arbre dont les nombreuses branches ne sont pas aussi fructueuses qu’on l’espérerait.