Rédacteur - Charlie Briand

Un long moment a beau séparer Black Coal de Train de Nuit (dernier film en date du réalisateur chinois), ce dernier annonçait d’ores et déjà un certain succès auprès de la gente critique. Si Diao Yi’nan ne s’attendait sûrement pas à voir débarquer ce drôle d’ours entre ses mains, il n’a pas hésité pour autant à prendre le temps de mettre au point une œuvre extrêmement aboutie, et lorsque chaque détail, chaque raccord, chaque plan est aussi travaillé, on se retrouve avec un film dont on ne peut nier la grandeur à défaut d’en être séduit.

Ce travail de longue haleine n’inscrit pas seulement Black Coal dans le cercle des meilleurs films asiatiques de ce début de siècle, il marque aussi l’assimilation de l’héritage occidental par les nouveaux réalisateurs chinois. La froideur atmosphérique qui se dégage du film s’inscrit dans la lignée des films noirs américains, mais elle épouse également le caractère de personnages dont l’opacité témoigne autant du vieil Hollywood que d’une signature asiatique. C’est une des grandes forces de Black Coal, la preuve que deux époques, deux Histoires et surtout deux cultures différentes peuvent s’unir pour former quelque chose de pur et nouveau, susceptible de symboliser le paroxysme du cinéma post-moderne. La puissance sacrée qui émerge depuis toujours des grands films orientaux est ici en partie mise au service du récit, à travers le personnage de femme fatale (interprété par Lun-Mei Gwei), victime d’une destinée encore plus noire que du charbon. Cette dimension mystique occupe l’intrigue même du film, une reconstitution corporelle symbole du cheminement de l’enquête, un feu d’artifice en plein jour illustrant ce que vous voudrez y percevoir. L’ensemble de motifs et de figures omniprésent dans Black Coal n’est pas uniquement une clé narrative ou une matière plastique quelconque, il traduit la capacité de Diao Yi’nan à magner bien plus que l’art du montage, un langage cinématographique, dont la richesse recueillie d’Alfred Hitchcock n’en est pas pour autant un frein à la création. Cette histoire semée d’embûches autorise l’humour à entrer en scène de manière subtile et maîtrisée, venant ainsi contraster avec une violence sans ambages qui nous rappelle parfois le récent Touch of Sin de Jia Zangke.critique black coal la fatalite dun grand film 1 Critique : Black Coal, la fatalité dun grand film
Black Coal est en fait un film total, à la croisée du thriller et du policier, chargé de cinéma avec un grand C, un film à la forme pyramidale dont la base serait ancrée dans le sol américain des années 50, et le point culminant au cœur d’un ciel bleu, parsemé de fusées de détresse, la détresse d’aujourd’hui.