Rédacteur - Charlie Briand

Déjà récompensé du prix spécial du jury ainsi que du titre de meilleur premier film à Locarno, Mouton pourrait se passer d’une nouvelle critique élogieuse. Mais chez Nouvel Ecran, on pense que parler d’un tel film sans en vanter les mérites relève juste de l’impossible. En revanche, en parler sans comparer les deux documentaristes lillois à Bruno Dumont, ça se tente !



Après avoir vu une bande-annonce dont la pureté des images promettait un véritable enrichissement cinématographique, on s’autorisait à être exigeant au moment de poser notre cul dans notre petite salle d’Art et Essai favorite. (BINGO) Les premières minutes suffisent à ne pas être déçu et surtout à s’immerger dans l’authenticité de Mouton, l’œuvre filmique, qui s’émancipe d’ores et déjà de ses pairs, et le personnage, qui s’émancipe de sa mère, dotée d’une touchante cruauté. Si la caméra de Gilles Deroo et Marianne Pistone a un parfum de neutralité, elle prend néanmoins parti une heure quarante durant pour une seule et unique chose : la réalité. Autant que le(s) personnage(s), ce qui nous lie à Mouton, c’est bien cette caméra, qui, au-delà de nous forcer poétiquement à réfléchir sur ce que l’on voit, ne nous permet pas de (perce)voir ce qui n’est pas. Emprisonnés dans cette vase normande, il ne nous reste plus qu’à poser un regard sur un corps sec, une doudoune sans manches Quechua, et surtout une absence, celle d’un membre qui permettait à Mouton d’être lui même, mais aussi celle que d’autres ne remarquent pas, celle de Mouton, membre inférieur d’un groupe. L’absence ou le vide qui s’étale dans le temps d’une vie plus que celui d’un récit, devient alors le témoin d’une innocence et d’une pureté que nul ne pourra octroyer à la gueule du tragédien David Meradet, icône d’un film qui a vraiment de la gueule.

critique mouton voila pourquoi on aime le cinema 1 Critique : Mouton, voilà pourquoi on aime le cinéma
Mouton est un film comme on en voit trop peu, et ça, on le doit beaucoup à sa patte documentariste, celle qui épure un film (quelques cartons et une voix qui forment l’armature narrative de l’œuvre), qui nous touche dans notre intimité dès lors qu’on se la joue pas CSP aisée, et qui révolutionna le cinéma en 1945.

Alors, pourquoi évoquer une telle pureté, une telle cruauté, et tenter de catégoriser malgré tout Mouton, si ce n’est dans la famille des films qui sont à l’origine de la seconde naissance du cinéma, un cinéma libre, un cinéma vrai, un cinéma de l’avenir : LE cinéma.