Rédacteur - Charlie Briand

Mahamat Saleh Haroun dit qu’un film se doit de durer 90 minutes, car comme un match de football, il s’agit d’un spectacle. Or, tout bon français, amateur malgré lui de Ligue 1, sait que ce type de spectacle ne rime pas toujours avec plaisir spectatoriel. Disons donc que Tristesse Club (qui dure 1H30) s’apparente à un petit Lorient/Bordeaux, on se fait chier, mais d’un côté on le savait avant de prendre place devant notre écran… Puis après tout, entre la 24ième et la 38ième minute, ça joue pas si mal, Aliadière touche même la barre à un moment donné !

La comparaison a beau être foireuse, Tristesse Club c’est quand même un récit pré-établi avec un enchaînement de péripéties chacune relativement prévisibles. En attendant celles-ci, on trouve qu’il y a de jolis plans, mais c’est aussi parce que ces moments de creux nous donnent un peu envie de regarder l’arrière plan plus que le reste. Ce qui nous fait également regarder ailleurs, c’est l’insupportable sourire de Laurent Lafitte, symbole du personnage archétypal issu d’un star-system à la française, dans un rôle de mec trop prétentieux en apparence pour l’être dans le fond, mais tête à claques quand même, et tennisman raté, nul avec les femmes (un Luke Wilson dans La Famille Tenenbaum, mais en moins bien). Ces personnages aux contours trop épais, c’est aussi ce qui nous laisse voir un Vincent Macaigne dans son rôle (déjà semi-culte) de loser qui pète les plombs, sujet d’étude freudien idéal. Il parvient comme toujours à décrocher quelques (sou)rires dans la salle et surtout à rendre son personnage attachant. C’est en parti lui, avec un petit éclat de Noémie Lvovsky et une atmosphère humoristique assez légère qui font de Tristesse Club un film qu’on ne peut pas vraiment détester, bien que l’on soit barbé d’une bande son qu’on à l’impression d’avoir entendu 74 fois, s’intégrant dans une recherche d’efficacité autant humoristique que scénaristique trop peu dissimulée. On a aussi tendance à se sentir manipulé par des personnages (trop) simples en apparence, auxquels Vincent Mariette ne va cesser d’ajouter des éléments de manière (trop) logique.

critique tristesse club bienvenue au club du deja vu 1 Critique : Tristesse Club, bienvenue au club du déjà vu

Au final, comme sur la pelouse synthétique du Moustoir, les organismes sont usés, et on nous fait comprendre que pour s’en sortir, faut pas prendre de but, en marquer restant une option (oui, je vais traduire). On se retrouve en fait avec une morale écolière typique de la comédie dramatique : un mec meurt, mais on le connaissait pas donc on s’en fout, puis les autres finissent soudés alors c’est cool… mais bon, le tout est fait avec légèreté, plutôt bon goût, et ne fait pas de mal au cinéma français en cette semaine de petites sorties.