Rédacteur - Nicolas Bussereau

L’infinie richesse de l’art et en particulier du cinéma nous offre depuis toujours de nombreuses œuvres toutes plus singulières les unes que les autres. On pourra alors s’esbaudir devant de véritables OVNIs qui, chacun à leur manière viendront nous surprendre, par la rupture qu’ils imposent avec les formes habituelles.

L’Alice onirique de Jan Švankmajer s’insère, image par image, dans cette catégorie.


Véritable pilier du mouvement surréaliste pragois, Jan Švankmajer adapte le conte initial d’Alice au pays des merveilles avec une touche pour le moins originale, où l’imagination de l’héroïne se mêle à la réalité. Tout le film est touché par une inquiétante étrangeté valable autant pour Alice que pour nous, spectateurs. L’univers créé par Švankmajer est un puits sans fond, où de simples objets  s’associent pour se donner en spectacle dans une monstrueuse parade.

Le cinéaste tchèque propose ainsi un type singulier de métamorphose, celle opérée par l’esprit sur les objets qui entourent le quotidien, pour alimenter finalement le subconscient de la jeune fille blonde. Ainsi ses yeux voient défiler, le temps d’un film, tous les éléments qui composent sa chambre, rendus hybrides, ou simplement transformés en créatures vivantes et inquiétantes, lui servant de guides jusqu’à son réveil. Le thème du rêve est ici abordé avec une grande rigueur puisque la jeune Alice assure tous les dialogues et narre ce conte d’un bout à l’autre. Elle est donc bel et bien la seule à connaître cette histoire, à la « vivre », et ainsi la seule à pouvoir la raconter. L’oeuvre est d’ailleurs parsemée de plans sur la bouche d’Alice, narrant l’histoire, jamais ses yeux ne sont montrés.

alice le pays des merveilles vu par jan svankmajer 1 Critique : Alice, le pays des merveilles vu par Jan Švankmajer

Le film est donc un petit bijou de narration et d’animation, le stop-motion anime l’univers mis en place par le réalisateur. Le pays des merveilles est une contrée lointaine, au coeur des préoccupations surréalistes, et où les influences des travaux freudiens peuvent sans cesse dialoguer. Le film est une inépuisable source d’interprétations, sur l’évolution de l’être, son rapport au temps ainsi qu’au réel, et ce qui le distingue de l’inconscient.

Jan Švankmajer nous propose avec Alice une plongée dans un monde aux antipodes du nôtre, où la poésie règne dans un éternel cycle d’incohérences spatio-temporelles. L’artiste nous ouvre le tiroir où l’imagination peut s’exprimer en toute liberté, le pays des rêves s’offre à nous, mais nos yeux doivent rester ouverts.