Rédacteur - Charlie Briand

Il n’est généralement pas de bon goût de comparer cinéma et littérature, n’en déplaise à un certain nombre de théoriciens. Cependant, s’appuyer sur un objet littéraire comme Godard ou Resnais ont pu le faire peut donner lieu à un véritable chef-d’oeuvre dès lors qu’on s’approprie le livre et que quelque chose de plus personnel en naît. Pour ce qui est de La Chambre bleue, on sent que Mathieu Amalric a cherché à faire corps et à s’unir avec la plume de Georges Simenon.

Tout comme le romancier (la comparaison s’arrêtera là), Amalric parvient à faire émerger d’un récit policier une atmosphère propre au sentimental et à la poésie. Ce film s’impose comme un réel hybride de genres dont la mise en relation crée quelque chose d’impalpable, assez peu formel, et fonctionnant mieux sur le plan narratif qu’ésthétique. Le cinéaste français s’est-il reconnu dans le personnage de Tony Falcone en lisant le roman ? En tout cas, il se l’approprie à tel point qu’on y perçoit chacun des traits qui définissent l’essentiel de ces personnages, ce qu’on pourrait appeler la « persona » de Mathieu Amalric.

L’émotion ressentie par l’auteur/acteur, dans un rôle peut-être trop bien taillé pour lui, est néanmoins perceptible pour nous ; le processus d’identification fonctionne bien, et pour cause, qui n’a jamais été face à une situation dans laquelle il est impossible de mettre des mots sur une émotion, sur ce quelque chose qui nous fait aimer, avancer, détester, reculer, qui plus est face à un mur administratif auquel les notions de sentiment ou d’impalpable sont totalement étrangères ? L’essence du drame de La Chambre bleue se trouve justement dans cette incapacité de l’amour à triompher face au corps législatif et à une bureaucratie trop enracinée, mais heureusement, le cinéma triomphe chez ce boulimique du grand écran comme un art de l’émotion plus qu’un art du récit.

critique la chambre bleue au dela des mots et au dela du recit 2 Critique : La Chambre bleue, au delà des mots et au delà du récit
Si le film prend parfois des allures de faits divers sur-poétisés avec d’étranges baisers langoureux, cheveux au vent au bord d’un bois, il en reste l’objet de captation de notre regard pendant 1H16 (format qu’on aimerait croiser plus souvent) sans interruption, lui et Mathieu Amalric, ou plutôt lui : Mathieu Amalric, qui EST cette chambre bleue autant qu’un pur maître de l’ellipse dans le cinéma contemporain.