Rédacteur - Alexis Pommier

Sur fond de comédie, Vincent Lannoo touche à un sujet des plus sensibles aujourd’hui : la religion et particulièrement le catholicisme, dans un film qui aura suscité bien des polémiques. Au Nom du fils, le dernier film du cinéaste belge a pourtant reçu un très bon accueil durant sa tournée festivalière mais voilà, il n’en est pas de même, du moins en France, quant à sa distribution en salle. Le contexte posé, on peut donc parler du film en lui-même et de ce qui suscite tant de réticence du côté des pieux.

À la manière d’Ulrich Seidl ou de Thomas Vinterberg, Vincent Lannoo parle, mais ici par un humour omniprésent, de société, d’une idéologie, simplement d’une religion. Dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas n’est, on le sait, pas chose facile mais quand on le fait avec humour cela passe mieux. En théorie oui, mais ici non. Son protagoniste, Elisabeth, une catholique convaincue qui anime Radio espoir chrétien, accueille le père Achille. Seulement, elle finit par découvrir que son fils, Jean-Charles est victime d’attouchement de la part du curé.

Son idylle religieux s’effondre progressivement et elle perd tout repère. Faute de gens vers qui se tourner, elle retrouve la foi dans une sorte de croisade vengeresse où elle s’improvise justicière voire élue pour ramener la croyance et le divin vers le droit chemin. Tout cela, tourné sur fond d’humour, mettant parfois mal à l’aise le spectateur, du moins, perturbé quelque peu, de voir autant de violence crue dans un film à l’aspect comique.

Le réalisateur a pourtant cette manière intelligente de décrédibiliser l’église en jouant sur les clichés, les faits divers et ses silences. Le scénario est bien pensé, découpé en chapitres appelés « livres », il semble faire allusion à un nouveau testament, une sorte de nouvelle donne chrétienne actualisée.

critique au nom du fils vincent lannoo assassine des cures 1  Critique : Au Nom du fils, la comédie dramatique gênante de Vincent Lannoo

Toutes les séquences décrédibilisent tour à tour les pièces du puzzle de la croyance radicale. Un prêtre devient alors instructeur dans un camp de djihads chrétiens se préparant pour la Guerre Sainte. Dans Au Nom du fils, c’est aussi la rapidité avec laquelle les têtes tombent qui créent l’effet comique. Le même effet que celui d’un film d’horreur de série Z où l’on sait que tout le monde va y passer et où la seule question qui se pose est : dans quel ordre ? C’est ainsi en quelques minutes, que le père de famille se tire accidentellement une balle dans la tête au camp de Djihad, que le prêtre fait une sorte de bénédiction fort maladroite auprès de son fils et du cadavre resté tel quel et qu’ensuite le fils se tire lui aussi une balle dans la tête après avoir parlé de sa relation avec le prêtre Achille à la radio de sa mère.

Au-delà de cette dérision, le propos se veut tout de même cathartique, décomplexé, parfois acharné et non diffamatoire, il marque la volonté de parler de la tolérance de l’homosexualité et de l’écoute des parents envers leurs enfants dans les familles chrétiennes. Il parle des dictâtes religieuses, du racisme ambiant dans les milieux ruraux, du tabou de la pédophilie dans l’église, comme une sorte de mélange explosif de satyre.

critique au nom du fils vincent lannoo assassine des cures 2  Critique : Au Nom du fils, la comédie dramatique gênante de Vincent Lannoo

Tout de même cela fait beaucoup de morts et l’on finit par rire plus de malaise que d’entrain. La pieuse Élisabeth se transforme alors en sainte tueuse à gages venue infliger le châtiment divin. Une sorte de justice raisonnante qui finit elle aussi par être tournée à la dérision et de la même aucun personnage n’est épargné dans ce drame comique où tout bascule.