Rédacteur - Charlie Briand

Présenté aux côtés de Claire Denis ou encore Alain Guiraudie dans la sélection cannoise « Un Certain Regard » il y a maintenant un an, ce n’est qu’au printemps 2014 que le premier long-métrage de Chloé Robichaud voit l’ombre des salles françaises. Sarah Préfère La Course présente un peu ces « symptômes de premier film », à savoir cette dimension semi-autobiographique ajoutée à diverses obsessions formelles parfois maladroites. Mais l’obsession de Chloé Robichaud n’est peut-être pas juste celle d’une étudiante fraîchement diplômée, ce serait plutôt celle d’une jeune réalisatrice qui aurait trouvé son langage à elle, sa façon de montrer et transmettre des émotions propres à un personnage à la fois opaque et complexe.

C’est bien ça qui est à l’origine d’une réelle efficacité dans ce film, des plans pré-dessinés au millimètre et une Sophie Desmarais qui absorbe la caméra, donnant ainsi lieu à d’esthétisants jeux de focale, une image quasi-virtuelle qui rime avec la virtuosité d’une artiste dont la mécanique du corps exprimerait une addition de rêves et d’émotions parsemés de doutes. Le traditionnel parallèle entre corps et esprit habite le cinéma depuis des décennies (cf La Solitude du Coureur de Fond, EN TOUTE OBJECTIVITÉ) et reste une des figures les plus poétiques qui soient, surtout à travers une pratique telle que la course à pieds. Les tours de piste (qui ne sont pas des spots publicitaires pour New Balance, je vous jure) sont aussi riches de sens que l’incapacité du personnage principal à s’exprimer verbalement quant à son désir de courir et encore courir. Certes, les problèmes de cœur que connaît Sarah au sens propre comme au figuré s’apparentent à une métaphore lourdingue, mais la légèreté narrative et l’aspect attachant de certains personnages suscitent notre adhésion à un récit qui ne s’avère finalement pas être si dessiné que les images qui le composent.

critique sarah prefere la course je cours donc je suis 1 Critique : Sarah préfère la course, je cours donc je suis
Enfin, un des aspects thématiques majeur du film fait office de lutte, celle engagée par Chloé Robichaud contre les stéréotypes, principalement sexuels, d’où (en partie) le regret qu’un tel film n’ait pas été montré au public français un peu plus tôt…

PS : Allergiques aux rerererereremakes de scène de la douche s’abstenir