Rédacteur - Nicolas Bussereau

À l’heure où la passivité est vendue avec un seau de pop-corn, et où nos yeux à moitié fermés peuvent sacraliser une intelligente bêtise, il est un cinéaste qui, à l’aide d’un effrayant réalisme, use de ses obsessions pour révéler les obscénités d’une cité sans voile. David Cronenberg, pour le nommer, fait de Hollywood une usine à cauchemars…

C’est encore, par une nouvelle expérimentation des formes, que le cinéaste rend son art réflexif, par le biais de la chair et de la difformité. C’est l’outil qui permet au premier abord de distinguer ses personnages, mais surtout de distinguer la beauté du hideux. Deux valeurs fortement relatives dans ce film, sachant que ce qui est apparenté à la laideur y émerge comme la seule liberté physique de la ville-industrie.

Mais c’est aussi l’image même du cinéma qui est révélée, comme la déformation du réel imprimée sur une « pellicule numérique ». De même que Jeff Goldblum dans La Mouche, outre le processus de métamorphose, Mia Wasikowska en Agatha Weiss est comme une brûlure, une tâche venant souligner les artifices propres au cinéma et au Star System.

Car Hollywood est montré comme un film à part entière, où se battent les acteurs, dans les limites d’une bienséance hypocrite, pour atteindre un rôle convoité. Seule Agatha, blessée autrefois par ce monde d’apparences, s’affirme comme un électron libre, venant bouleverser les habitudes de cette secte de la superficialité. Elle ne cesse d’échapper aux codes, aux règles de cette vie à part, elle est la seule, considérée pourtant comme folle, à fuir l’artificialité.

critique maps to the stars lhollywood incestueux de david cronenberg 1 Critique : Maps to the Stars, lHollywood incestueux de David Cronenberg

Mais le thème majeur du métrage de Cronenberg réside dans la liaison d’une déviance sexuelle, l’inceste, à cette machine où la créativité s’estompe sous la domination du profit. C’est alors que le propos de Bruce Wagner, le scénariste, ainsi que celui du réalisateur canadien est amené. Ils font en sorte que cette dimension incestueuse se retourne sur elle-même, faisant bien sûr la métaphore du système dans lequel elle prolifère, celui d’Hollywood. La famille Weiss existe par l’union d’un frère et d’une soeur, les enfants Agatha et Benjie (Evan Bird) en sont le fruit, ils contaminent ainsi l’état d’Hollywood aujourd’hui. David Cronenberg affirme que ce lieu est en proie à une sorte « d’inceste créative », où le sang n’évolue plus, il reste le même. C’est la mise en place d’une déviance, présente pour en dénoncer une autre.

critique maps to the stars lhollywood incestueux de david cronenberg 2 Critique : Maps to the Stars, lHollywood incestueux de David Cronenberg

David Cronenberg fait de Maps to the Stars la figure d’une éventuelle résistance au système hollywoodien, empreinte de lyrisme et de chocs visuels.

Ce sont les mots de Paul Éluard, donnant à cet objet cinématographique un rythme lent et beau,  qui viennent parfaire cette dimension poétique. C’est une certaine « liberté », toujours évoquée, qui est seulement atteinte grâce au long fondu cathartique nous menant au générique final.