Rédacteur - Alexis Pommier

Welcome to New York était attendu presque depuis l’annonce de son tournage par Abel Ferrara – et surtout les médias – alors que le monde était encore plongé en plein cœur de l’affaire DSK. Les dernières annonces, et surtout les polémiques, ne desservent pas le film et le retour de Gérard Depardieu suscite autant d’intérêt aux yeux de ses admirateurs comme de ses détracteurs. En bref, cette annonce à Cannes, finalement avortée pour une sortie officielle uniquement en VOD prend des allures de minutieuse stratégie de communication qui a su nous tenir en haleine jusqu’au dernier moment.

 

 

Fin de remise en contexte, entrons dans le vif du sujet. Ferrara prétend donc élucider à travers son film l’affaire DSK, c’est du moins ce que l’on comprend, son arme de communication, et visiblement le propos de surface du film, vont dans ce sens. Seulement, la grande question que l’on peut être amené à se poser est : comment peut-on parler d’une affaire qui a quasiment gardé intact toute son énigme quand on prend parti de cette manière sur ce que, bien entendu, tout le monde pense être les faits réels sans que ceci ne soient vérifiés ? La magie du cinéma et de ce réalisateur résident bien entendu dans l’imagination, mais attention à ne pas trop user de celle-ci pour tomber dans une sorte d’acharnement post-médiatique et potentiellement diffamatoire.

 

Trêve de médias, abordons la partie cinématographique. Le film, quant à sa réalisation, n’est pas un grand chef-d’œuvre et on l’avait bien entendu préféré avec King of New York, film noir inspiré des gangs de Big Apple, décidément obsédé par cette ville qui l’a vue grandir. Le film qui pourtant se scinde en deux parties, l’une sur l’affaire et l’autre revenant dans son passé troublé d’addict-sexuel, dégage un rythme plutôt linéaire, c’est-à-dire ni lent, ni explosif, parfaitement entre les deux.

 

critique welcome to new york beaucoup de communication pour trop dacharnement 1  Critique : Welcome to New York, beaucoup de communication pour trop d’acharnement

 

Gérard Depardieu tient ce rôle haut la main, on apprécie donc grandement son retour au devant de la scène. Son adresse de jeu fait parfaitement ressortir ce que Ferrara voulait nous montrer : tantôt un gros pervers dégueulasse, prêt à sauter sur tout ce qui bouge, tantôt un homme malade et là on ne peut s’empêcher de penser au Shame de Steve McQueen. Troublé par son besoin et sa faim insatiable de sexe qui l’a à plusieurs reprises mis dans de délicates positions jusqu’au coup de massue finale qui acheva l’homme et sa carrière. Cette carrière que Mrs Devereaux veut à tout prix sauver ne semble pas être la première préoccupation de Monsieur, d’ailleurs celle-ci s’éclipse au dernier plan sur toute la durée du film.

 

Jacqueline Bisset y fait également une très belle prestation, dans un milieu de requin, elle veut à tout prix blanchir son mari par pur intérêt. La petite déception reste présente pour Marie Mouté dont on ne peut malheureusement pas entrevoir la grandeur de son talent, En fille de M. & Mrs Devereaux – le nom de DSK dans le film – sa flamme est complètement éteinte par le scénario qui ne lui laisse que très peu la possibilité de s’exprimer.

 

critique welcome to new york beaucoup de communication pour trop dacharnement 2  Critique : Welcome to New York, beaucoup de communication pour trop d’acharnement

 

Il est donc bien loin le temps de Bad Lieutnant ou King of New York, on espère que ce ne fut qu’un égarement pour tenter de surfer sur la vague médiatique. Espérons alors qu’Abel redeviendra le génie qu’il reste, peut-être avec Pasolini. Si vous vous demandez encore s’il faut voir ce film, nous vous dirons donc que c’est à votre guise. Vous ne loupez pas grand chose et vous ne perdez pas votre temps, seulement 7 euros.