Rédacteur - Bob Michael

Lorsque Hicham Lasri cite Churchill en disant qu’ «un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre», il qualifie l’importance du protagoniste, le matricule 404, comme symbole de cette société fragile. Cet homme sortant de prison suite aux émeutes du pain en 1981, se retrouve dans un semblable déchainement de la population durant le printemps arabe. La beauté de ce film réside selon moi dans la subtile alliance des histoires parallèles.

En effet, le protagoniste n’ayant pas de passé actif durant ces trente dernières années, on se contente donc des disputes entre un journaliste carriériste et sa femme qui s’émancipe doucement. Ce couple parvient à nous faire oublier le contexte principal du film, le soulèvement de la population, grâce à leurs conversations téléphoniques. Le personnage tragique, par ses silences et ses interrogations nous laisse nous préoccuper un peu trop de leurs histoires d’amour.

critique cest eux les chiens le reveil inattendu dun homme au coeur du printemps arabe 1 Critique : Cest eux les chiens, le réveil inattendu dun homme au coeur du printemps arabePar la suite l’originalité de ce film se base aussi sur le choix d’une équipe de tournage comme compagnon de voyage. Son esthétique est telle que l’on se croit sur un tournage, on regarde les images brutes, sans qu’elles aient fait l’objet d’un passage en post-production. Le fait qu’entre autres, la lumière soit très naturelle, on en oublie presque d’être dans un film, mais aux côtés de l’équipe elle-même, dans leurs doutes, leurs galères et leurs rencontres.

C’est dans cette intimité que l’on y découvre leurs réflexions tant sur la religion que sur le contexte politique. Ils partiront à la recherche d’un passé perdu à jamais, un cercle vicieux facilement identifiable à la roulette que Majhoul ne lâchera pas durant le film. Cet objet créateur du même mouvement cyclique et infini que subit la population depuis trente ans. L’intérêt visible que l’on soit aux côtés d’une équipe de journaliste impose aussi une remise en question des informations traitées par les médias.

En effet, on est sans cesse confronté aux informations (radio, télévision…) mais on y découvre aussi la vérité sur leur fonctionnement, qu’ils racontent à peu près ce qu’ils veulent des images. C’est ainsi qu’une baignade improvisée peut aisément se transformer en une tentative de suicide. Cette mise en abyme autour de l’objet de la camera pousse le spectateur à se requestionner sur sa consommation des médias.

critique cest eux les chiens le reveil inattendu dun homme au coeur du printemps arabe 2 Critique : Cest eux les chiens, le réveil inattendu dun homme au coeur du printemps arabePar la suite, c’est à travers les yeux de professionnels de l’image que l’on part à la rencontre de la population, les portraits se dévoilent en direct tantôt sous un aspect violent et peu agréable de personnes lasses, mais aussi sous la beauté et la sincérité d’humains souhaitant de meilleures bases pour leur pays et pour leurs compatriotes.

C’est eux les chiens ne nous montre pas un voyage, mais nous fait réellement partir à l’aventure, au fil des rues, des lieux tous autant différents les uns des autres. Des quartiers résidentielles, aux bidons villes, des grandes places amplement médiatisées par le reste du monde aux étendues désertiques telles que des champs ou des plages, ce road movie nous éloigne des clichés pour nous pousser à espérer, nous aussi à un changement.

critique cest eux les chiens le reveil inattendu dun homme au coeur du printemps arabe une Critique : Cest eux les chiens, le réveil inattendu dun homme au coeur du printemps arabe
Pour se rapprocher au mieux de réelles scènes de tournage, le micro, n’ayant plus suffisamment de pile pour capter toute la scène des retrouvailles, coupe fréquemment durant les explications du fils. Il agit comme une sorte de censure sur une vie, une désinformation semblable aux trente dernières années de la vie du protagoniste, qui ne peut nous empêcher de penser aux générique d’ouverture, avec le manifestant criant dans un porte-voix.
Un film sans héros, mais une course contre le temps passé qui jamais ne reviendra. L’héritage d’une famille brisée, un caractère fatigué, un laissé pour compte de l’histoire qui ne peut retrouver sa place dans cette société qui semble être allée trop vite. Un beau mélange d’Histoire et de faits d’actualités dans une course effrénée.