Rédacteur - Alexis Pommier

On savait déjà que Quentin Dupieux excellait dans l’art de créer des films complètement absurdes, surréalistes et par cela dessiner une caricature en gage de réelle critique de la société. Son dernier film Wrong Cops est peut-être même le plus personnel du cinéaste et ce pour plusieurs raisons.

Né d’un simple court-métrage de 15 minutes mettant en scène Marilyn Manson et Mark Burnham, l’aventure qui a suivi sa réalisation fut bien trop merveilleuse pour que le réalisateur s’en arrête là. Il fut présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2012 et reçu un accueil plus que satisfaisant. « Ça devait être un court-métrage pour la promo de mon nouveau disque. On a trouvé ça amusant de faire un film de 15 mn sur ma musique plutôt qu’un simple clip. » nous a confié Quentin Dupieux lors d’une table ronde à Paris pour la sortie de son film. Après l’avoir mis en ligne sur Internet, la réponse des internautes fut « assez balèze » et du court-métrage, le réalisateur est passé au format long.

Alors qu’avons-nous pensé de ce film ? C’est tout bonnement un vrai régal, tant dans la photographie, les décors, la musique, bien sûr, que dans son humour décalé et l’histoire surréaliste qu’il nous propose. Toujours accompagné de sa muse Éric Judor dans le casting et de beaucoup des acteurs de Wrong, le film n’en est pas pour autant une suite. Cela donne d’ailleurs l’impression que Quentin Dupieux s’est créé un véritable monde avec Los Angeles dans lequel il est capable de nous proposer des histoires ayant des rapports entre elles sans pour autant qu’il y ait une véritable corrélation, elles restent chacune autonomes.

wrong cops le film completement decale du meilleur cineaste de sa generation 2 Critique : Wrong Cops, le film complètement décalé du “meilleur cinéaste de sa génération”

Les films pourtant tous deux réalisés à Los Angeles ont des décors très différents et c’est en cela que l’on comprend pourquoi est-ce que cette ville est devenue le terrain de jeu du réalisateur-bricoleur, comme il aime se décrire lui-même. « Los Angeles ne ressemble à nulle part ailleurs. Pour moi, ce lieu n’existe même pas, c’est juste un décor et un terrain de jeu pour faire des films qui ne se passent nulle part. Wrong a été tourné au même endroit et pourtant des personnes pensaient que ça avait lieu dans un autre endroit des USA. Ce n’est pas clair, cette ville n’est pas clair. Là-bas on peut tout imaginer. »

On apprécie également la musique du film, made in Mr. Oizo, où le réalisateur trouve pour la première fois la possibilité de s’en servir pour l’une de ses créations. Cette fois, il ne s’est pas trompé, la musique sert le film et ajoute même plus à cette touche décalée d’ores et déjà installée par l’histoire et ses personnages.

Wrong Cops suit l’odyssée invraisemblable de flics tous plus pourris ou débiles, voire les deux à la fois, mais dont chacun semble habité par un objectif, une raison qu’ils mettent au-dessus de tout pour les rendre parfois égoïstes ou même impitoyables. Le film est truffé d’un humour de génie, décalé, malsain qui a lui seul dessine le profil de chaque personnage.

wrong cops le film completement decale du meilleur cineaste de sa generation 4 Critique : Wrong Cops, le film complètement décalé du “meilleur cinéaste de sa génération”

Quentin Dupieux est avec Wrong Cops, clair dans son propos : « Je n’ai pas la prétention d’être un cinéaste. Je suis plutôt un touche-à-tout, un bricoleur. » Mais ce film n’en est pas moins un chef-d’oeuvre, inclassable comme son réalisateur et sa filmographie qui semble peu à peu dessiner l’image d’un artiste sans étiquettes. Le seul regret que l’on pourrait avoir avec Wrong Cops est que l’on aurait aimé que la mascarade dure plus longtemps, car quand on s’amuse avec Quentin Dupieux, on ne voit pas le temps passer.