Rédacteur - Bob Michael

Ce court-métrage mêle l’univers complètement écervelé de Die Antwoord, gangsta south-africa au possible, au talent du cinéaste Harmony Korine, réalisateur du chef d’oeuvre Spring Breakers l’été dernier, dans une histoire surréaliste, pour le plaisir de l’art et du scénario. On savait déjà que le format court ouvrait les portes à l’inimaginable, laissait entrouvertes toutes les barrières que l’on peut apercevoir d’un film destiné à être distribué en salle. Mais celui-ci surpasse tout ce que peut concevoir la pensée, sauf visiblement celle du protégé de Larry Clark, pour qui, il avait écrit le scénario de Kids en 1995.

Ici, Ninja et Yo-Landi sont dans la peau d’un couple de gangster en chaises roulantes, passant leur temps à fumer des gros joints, vagabonder, jouer au basket et tirer des coups de feu dans le vide pour passer le temps. Au long de cette odyssée qui semble au premier abord sans but précis, il en est un qui se dessine progressivement : se faire respecter et réaliser ses rêves. Quant à Ninja, son but devient soudain moins vague, quand tout à coup, il raconte ce rêve qu’il a fait où il était « the greatest rapper in the whole fucking world ». Les acteurs utilisent leurs vrais noms pour leurs personnages et quand on les connait, cela pourrait prêter à penser que c’est quelque part leur histoire que veut nous raconter Korine.

Leur complicité entre violence et amour et les nombreux silences la rendent poétique et ainsi nous rappelle ces longues après-midis de procrastination passées aux côtés de l’être aimé. L’omniprésence de la violence ajoutée à la non-réaction des personnages nous place dans une atmosphère décalée où tous ces crimes ne seraient qu’un simple jeu, une sorte de private joke de plus dans ce court-métrage.

umshini wam lalliance surrealiste entre harmony korine et die antwoord 4 Vidéo : Umshini Wam, lalliance surréaliste entre Harmony Korine et Die Antwoord

Au fil des dialogues, Ninja et Yo-Landi semblent prendre en quelque sorte du recul sur la situation qu’ils risquent de vivre grâce au succès de leur groupe, Die Antwoord, rap-wave sud-africain qui trouve ses inspirations dans le mouvement de la contre-culture ZEF. Korine enrichit habilement son film de la musique du groupe en choisissant comme compositeur Justin De Nobrega aka et DJ Hi-Tek, lui-même créateur des sons de Die Antwoord, en ne lésinant pas sur les raps-impros des deux comédiens.

Quand on connaît la filmographie du réalisateur, Kids et Ken Park en tant que scénariste pour Larry Clark ou Spring Breakers pour ne citer que celui-ci parmi toutes ses réalisations, Umshini Wam ne semble être qu’un exercice de routine chez Korine tant il sait dessiner la jeunesse dépravée et légèrement dévergondée qui paraît ici être celle de l’Afrique du Sud.

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Toutefois, si la « gratuité » du scénario est à première vue le seul gage à réaliser ce film, le propos n’est pas à mettre au second plan car avant tout ce film parle bien d’amour, peut-être celui qui lie Ninja à Yo-Landi ou Watkin Tudor Jones à Anri du Toit et aussi de la lutte pour la survie, la survie des gangsters d’abord mais aussi celle des artistes qui semblent hantés par cette question perpétuelle « suis-je aimé ? »