Rédacteur - Alexis Pommier

Kiyoshi Kurosawa, maître du cinéma d’horreur japonais et du genre fantastique, réalise Real, un film qui lui colle à la peau, dans un univers dont il maîtrise les codes.

real un film qui part dans tous les sens 1 Critique : Real, un film qui part dans tous les sens

Koichi vit une histoire d’amour idyllique avec Atsumi, dessinatrice de mangas jusqu’au jour où celle-ci plonge dans un coma profond. Il décide pour la ramener à la vie d’utiliser un programme de dernière génération lui permettant de pénétrer dans l’inconscient de sa femme.

Le titre sert alors le film, psychique donc, qui parle de réel et va jusqu’à interroger notre propre perception et conscience de la réalité vis-à-vis de ce dernier. Avec Real, Kurosawa réalise un travail d’équilibriste en construisant un récit psychologique qui peut être tout à la fois, dans les clichés plombant du genre ou nous plonger avec un réel intérêt pour ce qui se passe dans l’histoire. Le cinéma japonais est aussi connu pour cela, jouer de retournements de situation tous aussi improbables les uns que les autres afin de nous évader dans un empire fait de rêves et de créatures.

Toutefois, la richesse narrative que nous propose le film frise régulièrement le ridicule, l’abus et nous fait perdre le fil. Même si le réalisateur essaie à de multiples reprises de nous raccrocher au récit, ses tentatives demeurent souvent vaines, comme un coup d’épée dans l’eau.

real un film qui part dans tous les sens 2 Critique : Real, un film qui part dans tous les sens

Le rythme est langoureux voire soporifique et pourtant ce film est en plusieurs points, potentiellement appréciable. De par sa photographie, l’onirisme ultra-présent et la « patte » scénaristique japonaise, Real devrait littéralement nous transporter et nous faire voyager dans l’univers mélancolique et surnaturel de son réalisateur.

Mais à la moitié du film, le renversement de situation est tel qu’il le plonge dans un coma invraisemblable. Le coup de trop qui fait du trop plein : ce n’est pas la femme qui est dans le coma mais l’homme. Une seule question se pose alors : pourquoi ? Pourquoi s’être donné tant de mal et de peine à vouloir lui donner au fur et à mesure une consistance scénaristique pour d’un seul coup nous perdre dans les méandres d’un schéma narratif trop souvent usé et qui a beaucoup moins souvent porté ses fruits ?

real un film qui part dans tous les sens 3 Critique : Real, un film qui part dans tous les sens

Toutefois, le film reste une grande signature de l’un des génies de la J-Horror, fort de ses références aux légendes urbaines et ancestrales japonaises telles que Sadako ou à des films comme The Ring ou Dark Water pour ne citer qu’eux. Il reste de ce fait un régal pour tous les amoureux de la culture cinématographique japonaise. C’est d’ailleurs ces éléments qui semblent seuls, du moins les derniers, contribuer à l’intérêt du film et cela rend triste le fait de critiquer un réalisateur qui peut tout à la fois, être aussi génial que médiocre.