Rédacteur - Charlie Briand

Si on prend des raccourcis, on peut rapprocher Clio Barnard de « l’école » Ken Loach. Mais là, ça sent davantage le Yorkshire et surtout moins là TV. Sans parler non plus d’héritage direct du grandissime Free Cinema de Tony Richardson ou Karel Reisz, ou de truc « à la This is England » juste parce qu’on est en Angleterre et pas à Londres, il faut bien avouer que depuis notre fauteuil, on sent cette odeur de terrain de football gras, mêlée à celle de bière brune qui imprègne votre Barbour depuis dimanche dernier.

Le film nous transporte, mais il nous fait également ressentir un brin de frustration. On aurait apprécié davantage d’audace chez la jeune réalisatrice, surtout d’un point de vue purement esthétique, en sachant que son œuvre est inspirée du récit du même nom de ce bon vieux dandy d’Oscar Wilde. La photographie du film laisse cependant place à une intéressante profondeur de champ en s’appuyant sur la beauté naturelle de cette Angleterre rurale à la fois détruite et immortelle. Car c’est bien d’elle qu’il s’agit dans ce film, l’Angleterre, la vraie, pas celle de Benefits Street ou autres choix de facilité. Le scénario du film est trop bien ficelé pour qu’on puisse ne pas faire partie intégrante de ces landscapes, et la gueule du jeune Conner Chapman est trop vraie pour qu’on puisse ne pas avoir envie de lui mettre des baffes ou de le sortir de sa merde. Mais même dans sa merde, aussi profonde soit-elle, ce personnage arrive à véhiculer des valeurs fraternelles avec son ami, voire paternelles dans un jeu de rôles intéressant avec sa mère, à travers sa cape de néo-héros tragique, cette même cape, trop belle pour fréquenter les bancs du système éducatif britannique (pointé du doigt pour la énième fois) mais également trop belle pour que ce gamin s’envole en laissant seule une famille et une « mamangleterre » dans cette situation.

le geant egoiste plongez dans le conte d oscar wilde a travers le yorkshire 11 Critique : The Selfish Giant, un poème grisâtre sorti des midlands

Cet enfant bien est celui qu’on veut, mais il n’est pas celui qui doit pousser le matérialisme au point de créer une sorte néo-esclavagisme à transporter ses bouts de ferraille sur sa charrette au milieu de la circulation. En fait, il est tout sauf géant, et tout sauf égoïste.
La métaphore de la famille sans père à l’image d’une nation peut sembler grossier, tout comme l’aspect simpliste que prend la forme du récit à certains moments au risque de s ‘essouffler, mais pour ce qui est de l’authenticité de cette première fiction longue signée Clio Barnard, on ne peut que lui reprocher de trop nous faire partager et ressentir ce mal-être made in Britain.

Vive l’émotion, Vive l’Angleterre, Vive Clio Barnard.