Rédacteur - Charlie Briand

Par Nicolas Bussereau et Charlie Briand

Un disque. Adam. Ève. L’art.

Même si aujourd’hui ces notions tendent à disparaître, Jarmusch, à travers sa nostalgie créatrice, les vampirise deux courtes heures, le temps d’une quête d’espoir, le temps d’un voyage de Détroit à Tanger, d’une composition, d’une révélation.

Cette fois, le voyage n’est pas initiatique, mais il conserve sa vanité, peut-être plus explicitement qu’auparavant, puisque ceux qui nous promènent sont des vampires, côtoyant les fantômes de notre Histoire.

Tout le film est bouleversé par ce désir inassouvi d’un savoir absolu, dont on s’éloigne au fur et à mesure de l’enrichissement de nos connaissances, jusqu’à la vue de l’inévitable crâne humain, dans la grotte de Christopher Marlowe qu’est l’arrière-boutique du salon de thé marocain.

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Allant chercher son breuvage salvateur, Adam en docteur Faust, perpétue une frustration viscérale, celle d’une apogée artistique révolue qu’il aurait vécu sans atteindre, à l’image d’un Détroit déserté d’âme, où la beauté n’est plus divulguée. Sa présence n’est que fantomatique, elle hante les objets comme les corps, leur retirant toute matérialité pour céder place au spirituel. Elle agit comme un spectre sur Adam, le modèle idéal d’un Hamlet intemporel, aux allures de Dandy.

Au-delà d’un questionnement, c’est ici une nostalgie qui place l’art au devant de la scène, ce dernier partiellement effacé par l’idée de culture. Cette culture, aux connotations occidentales, masque l’universalité qui définit le propre de l’art. C’est alors qu’un Adam suicidaire, désespéré par cette culture occidentale à bout de souffle, sera sauvé par Ève, qui lui ouvrira les yeux sur ce qui subsiste au-delà des frontières. C’est une autre définition du beau qui vient en finalité à la rencontre du rockeur misanthrope, c’est la confrontation de l’immatérialité musicale procurée par les accords d’une guitare et la voix de Yasmine Hamdan, et de la dimension corporelle du couple s’embrassant.

De ces accords comme de ce couple se dégage une âme, dans laquelle se mêleront sang et savoir, tous deux nécessairement absorbés par les corps de héros plus que jamais à l’image de leur créateur.

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